Vous n'avez donc pas de pays ? (interrogation écrite)



C'est sûr qu'avec la crise sanitaire, on reste plutôt chez soi, au plus grand désespoir des hôteliers et des pays comme la Thaïlande ou la Tunisie qui se retrouvent au pain sec.

Mais avons-nous pour autant un pays ? Un pays, c'est une géographie, mais c'est aussi une histoire, un enracinement.

Voyez ce qu'en disait Péguy dans son style inimitable que je raccourcis parce que vous savez que, comme Proust, il fait des phrases d'un kilomètre. Seulement lui, il était le maître de la parataxe comme Proust était le maître de l'hypotaxe. Vous me suivez, mon lecteur un peu grammairien ? Lisez attentivement, je vous prie :


Vous allez dans les Orients ? Vous n’avez donc pas de pays ? Homère avait un pays, Platon avait un pays, Jésus avait un pays, Corneille avait un pays, Rembrandt, Beethoven, Goethe avaient un pays. Troie était un pays, Troyes était un pays, Ithaque était un pays, Athènes était un pays, Jérusalem était un pays, Rouen était un pays, Domrémy, Orléans, Saint-Jean-de-Bray, Saint Aignan, Paris, Sainte-Geneviève, la rue Mouffetard, le quartier de la Sorbonne sont des pays, mais la Sorbonne n’est pas un pays.

Il faut toujours en revenir là. Je donnerais Versailles, Paris et Saint-Denis. Les tours de Notre Dame et l’clocher d’mon pays.

Et il ajoute : Un pays, c’est un pays qui a un clocher.


Maintenant, prenez une feuille : Interrogation écrite !

- Soulignez les paronomases et les parataxes.

- Commentez Jésus mis au même niveau qu'Homère et Platon (ou l'inverse).

- Commentez le ricochet Troie / Troyes.

- Rouen, c'est la ville natale de Corneille, Orléans, c'est la ville natale de Péguy, mais qui avez-vous senti venir avant qu'il nomme Domrémy pour vous mettre les points sur les i ? Qui fut brûlé à Rouen et combattit à Orléans ?

- Vous avez admiré le coup de pied donné à la Sorbonne ? Pourquoi ce coup de pied ?


Corrigé : Péguy donne ce coup de pied parce que la Sorbonne est tombée entre les mains du Parti intellectuel, des Docteurs, des Savants qui ont pris la place de Dieu. Non, mais pour qui ils se prennent, ceux-là ? Ils se prennent pour Dieu, ma parole, dans leur prétention de tout connaître, eux qui se sont si souvent plantés ! Bien fait pour leurs jarrets ! Ils nous ont trop accablés avec leur infaillible bafouillage !

Péguy, lui, a une référence beaucoup plus populaire. Vous avez reconnu les paroles qu'il cite ? C'est Auprès de ma blonde, si touchante chanson composée par un pauvre soldat de Louis XIV, prisonnier en Hollande qui, comme du Bellay, donnerait tout ce qu'il y a de plus beau pour retrouver sa patrie. (Quand j'étais petit, je m'étais mis niaisement dans la tête que Mablonde, en un seul mot, était un nom propre, le nom d'un homme à la tête ronde et aux cheveux plutôt blonds, genre jardinier provençal.)

Et vous l'avez trouvé un peu grenouille de bénitier, Péguy, avec son clocher pour chaque village ? C'est que vous n'avez pas compris qu'un clocher, ce peut être un minaret, une zigoura, une synagogue, n'importe quoi pourvu qu'il y ait quelque chose en plus qu'un parking devant un super-marché.

Mes autres billets
Tag Cloud
  • Grey Facebook Icon
  • Grey Twitter Icon
  • Grey Google+ Icon
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now