Une pénitence plus douce pour les psychanalystes


Bruno : J’ai pas très bien compris l’histoire de la fille à poil qui faisait de l’auto-stop sous la pluie sur la route d’Épinal.

Michèle : Elle était pas à poil ! Elle était en petite culotte.

- Bon, mais qu’est-ce qu’elle faisait au bord de la route dans cette tenue ?

- L’inspectrice du travail l’a prise dans sa Volvo et l’a hébergée chez elle. - Ça ne répond pas à ma question.

- Je suppose que c’est la fille que Bruce est allé enlever à Bruxelles en échange du paiement de sa dette.

- Il a une technique un peu difficile pour moi, Nicolas Mathieu. Il introduit plein de personnages qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam et qui finissent par se rencontrer si on ne les a pas oubliés. Oh ! Qu’est-ce que je vois ? Encore ces oignons sauvages de malheur ! Je les ai supportés deux jours sur l’évier, et, hop ! les revoilà sur la table du jardin. Tu m’avais promis de les faire disparaître… - Je vais les mettre dans la soupe tout à l’heure.

- Tu veux que je te dise ? Avec leurs racines à l’air, ils sont aussi indécents que la fille à poil de Aux Animaux la guerre.

- En petite culotte !

- En petite culotte… C’est comme quand tu arraches le chiendent. Je m’étonne qu’une femme aussi pudique que toi le laisse traîner dans la cour, la touffe à l'air, sans le ramasser. Tu es une femme pleine de contradictions. Remarque, c’est aussi ce qui fait ton charme…

- Allez… Mets-nous plutôt En thérapie. J’aimerais savoir comment ça finit.

- De toute façon, ça n’ira pas bien loin.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Le psy est obsédé par l’idée de répétition, il est tout content quand il a découvert que ses patients reproduisent le même schéma, sauf qu’ils le savaient déjà. - Ça les aide à se connaître et ça leur fait du bien d’en parler avec quelqu’un.

- Je suis entièrement d’accord, mais, alors, c’était pas la peine de faire tant de bruit avec l’Œdipe et la castration.

- Tout ça, c’est fini !

- Alors, il faudrait le dire. Les psychanalystes devraient dire : Excusez-nous, on a planté pendant un siècle. L’inconscient, c’est pas du tout ce qu’on a martelé avec arrogance.

- C’est ce qu’il fait sans le dire, Frédéric Pierrot.

- Il est formidable Frédéric Pierrot et même bienfaisant. On voudrait l’avoir pour ami. Mais l’événement médiatique que constitue cette série ne traite pas la question. C’est comme les catholiques qui ont supprimé les limbes sans abolir l’enfer, sauf qu’ils n’en parlent plus, parce que c’est trop gênant. Les marxistes, pareil, ils font semblant d’avoir oublié la soi-disant politique scientifique, la baisse tendancielle du taux de profit et la dictature du prolétariat. Quand on s’est trompé, il faut rebrousser chemin, revenir à la bifurcation qu’on a ratée et reprendre le bon chemin.

- Quel bon chemin ?

- Je le répète sans cesse. Il faut revenir aux psychanalystes du XVIIème siècle qui avaient compris que c’était l’amour-propre et ses mauvais calculs qui habitaient l’inconscient.

- Pauvres psychanalystes ! Tu veux leur enlever les plumes magnifiques dont ils s’étaient parés !

- Exactement : ils vont se trouver dans la tenue où ils ont prétendu mettre tous les honnêtes gens : celle de l’auto-stoppeuse… !

- Tu pourrais pas trouver une pénitence plus douce... ?


Photo : Illustration Germaine Bouret.

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