Un baiser s’il vous plaît


Je n’avais jamais lu les nouvelles de Tchekhov et j’ai commencé par La Dame au petit chien. Une petite perfection de légèreté et de discrétion. Anton en dit autant en 25 pages que d’autres en 250. Ils se sont rencontrés en villégiature à Yalta. Mal mariés chacun de leur côté, ils vivent un coup de foudre réciproque mais doivent retourner chez leur conjoint, lui à Moscou, elle à Saint Pétersbourg. Deux fois par mois, il prend le train et ils commettent l’adultère.

Le bonheur ? Non l’enfer… Toujours le mensonge de la double vie, et quel avenir ? Éternel sujet que nos romanciers ont traité 100 fois. L’adultère finit toujours mal. Seule exception que je connaisse, Le Bonheur dans le crime de Barbey d’Aurevilly. Madame de Morsauf résiste à l’adultère et elle en crève. Madame Bovary et Madame de Rhênal cèdent et en meurent aussi.

C’est l’éternel dilemme de la femme de 30 ans, comme dit Balzac. Cette femme s’ennuie à mort avec un mari qu’elle n’a pas choisi et se demande dix fois par jour pourquoi elle ira ce soir rejoindre ce butor qui ne lui est rien alors que ce serait un crime de céder au bel étudiant qui passe chaque jour sous ses fenêtres. Elle est au sommet de sa beauté mais elle sait que demain, il sera trop tard…

Vieux problème que nous avons dépassé, nous autres… ! Depuis mai 68, la liberté sexuelle permet de choisir... Et puis, il y a le divorce... Et puis l’adultère n’est plus un crime impardonnable… Quels sots que nos ancêtres ! Ils avaient bien l’art de se gâcher la vie avec des faux problèmes montés de toutes pièces. Ça fait des beaux romans peut-être, mais quels fiascos dans les couples !

En fait, on n’a fait que décaler le problème. Le mariage n’est plus le cliquet anti-retour qu'il était mais la naissance des enfants reste un seuil qu’on ne peut franchir à la légère en disant Y a pas d’souci. Il y a un gros souci quand les deux membres d’un couple ont chacun un ou deux enfants d’un premier lit, comme disent les notaires avec hyperréalisme, et que parfois on en ajoute encore un. On vivra aussi dans le déchirement.

J’ai juste voulu montrer que rien n’est simple.

Un film m’a beaucoup frappé, Un baiser s’il vous plaît. Toujours la même histoire : l’attraction est réciproque entre un homme et une femme qui se sont rencontrés par hasard dans une ville de province pour raisons professionnelles. L’homme obtient un rendez-vous. La femme accorde un baiser mais à une condition absolue. Une fois que le baiser le plus torride du monde a été échangé, ils se quittent à jamais sans rien connaître de l’autre, ni nom, ni téléphone, ni rien…


Photo : extraite de ma collection particulière.

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