Un avatar de Poutine


Edouard Limonov a l'air d'un intello avec sa brosse et ses lunettes. C'est un dur qui a tout fait ! Mercenaire entre autres. Emmanuel Carrère a consacré une biographie en 2011 à cette sorte de Poutine qui n'a pas réussi, un aventurier, une tête brûlée, aimant la violence, le sexe, le nationalisme et… la littérature. Comme c’est intéressant ! Citations (en italiques, celles de Limonov lui-même) :

Les seuls hommes dignes de ce nom sont les militaires.

J’arrivai à New-York avec, pour seules armes, ma bite et mon couteau.

Le Goulag existe avant Staline et après lui ; il n’est pas une maladie du système soviétique, mais son essence et même sa finalité.


Tout est grand dans le destin de Soljenitsyne.

Pour écrire des choses intéressantes, il faut d’abord vivre des choses intéressantes, connaître l’adversité, la pauvreté, la guerre.


Elena a vingt ans. Brune, longiligne, collants et talons hauts, c'est une fille comme Edouard n'en a jamais vu en vrai, seulement sur les couvertures de magazines étrangers, Elle ou Harper's Bazaar. Il est foudroyé. Il a toujours eu l’habitude de donner des notes aux femmes : A, B, C, D, E, comme à l'école. Il a toujours considéré Elena comme la quintessence du A. Soljenitsyne apparaît [à la télé], invité unique d’un talk-show exceptionnel, et c’est un des meilleurs souvenirs de la vie d’Edouard d’avoir sodomisé Elena à la barbe du prophète qui haranguait l’Occident et stigmatisait sa décadence.

Des trotskistes américains parlaient de la révolution mondiale... La révolution mondiale, Edouard est pour ; il est par principe du côté des rouges, des noirs, des arabes, des pédés, des clodos, des drogués, des portoricains…


Au pied de son lit, il a scotché la photo de Kadhafi à côté de celle de Charles Manson et de lui-même en costume de héros national avec Elena nue à ses pieds. Même mourir ne lui ferait pas peur. Ce qui serait ennuyeux, c'est de mourir obscur. Si son livre était publié, s'il avait le succès qu'il mérite, alors oui.


Ressentiment, envie, haine de classe, fantasmes sadiques, il déballe ce qu’il a dans la tête sans aucune hypocrisie, aucune honte, aucune excuse dans son Journal d’un raté.


J’étais terrorisé par la vie, par les autres, par moi-même et la seule façon d’empêcher que la terreur me paralyse tout à fait, c’était d’adopter cette position de repli ironique et blasé…

C’était une très belle fille, roulée comme un modèle de Playboy et habillée de manière qu'on n'en ignore rien. Elle parlait fort, riait fort, ponctuait ses phrases de J'veux dire et de Tu vois.

Chacun de nous s’accommode du fait évident que la vie est injuste et les hommes inégaux : plus ou moins beaux, plus ou moins doués, plus ou moins armés pour la lutte. Nietzsche, Limonov, les fascistes disent : c’est la réalité. C’est quoi, le contre-pied de cette évidence ? Moi, je dirais : le christianisme. L’idée que, dans le Royaume, qui n’est certainement pas l’au-delà mais la réalité de la réalité, le plus petit est le plus grand.

Lui qui s’était tant plaint d’être abonné aux catégories C ou D, il avait maintenant accès aux femmes de la classe A et même A+ comme cette beauté parisienne à qui il a pratiquement mis la main dans la culotte lors d’un dîner mondain.

Quand Natacha chantait, c’est bien simple, on lui voyait l’âme. Elle est arrivée au Foulard bleu, une chanson que personne, homme ou femme, né en Union soviétique après la guerre ne peut écouter sans pleurer.

Rarement couché avant minuit, il se levait à l’aube et, après sa séance de pompe et d’haltères, s’attablait devant sa machine pour ses cinq heures de travail quotidien. Ensuite, il s’estimait libre de traîner dans les rues, avec une préférence pour les quartiers chics, Saint-Germain-des-Près ou le faubourg Saint-Honoré contre lesquels il était fier d’avoir gardé sa haine intacte.

Un neutre, c’est un pleutre. Edouard n’en est pas un et il se sent placé par le destin du côté des Serbes. À cette place, il se sent bien, le soir, auprès des braseros où des hommes mal rasés réchauffent leurs mains gonflées, aux ongles noirs. La vérité que personne n’ose dire, c’est que la guerre est un plaisir, le plus grand des plaisirs, sinon, elle s’arrêterait tout de suite. Une fois qu’on y a goûté, c’est comme l’héroïne, on veut en reprendre. Le goût de la guerre est aussi naturel à l’homme que le goût de la paix, il est idiot de vouloir l’en amputer en répétant vertueusement : la guerre, c’est le mal. En réalité, c’est comme l’homme et la femme, le yin et le yang : il faut les deux.

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