Trump et les deux républiques



Trump a promis de rendre l'Amérique grande. Il l'a couverte de honte : voilà la belle asyndète de l'éditorialiste du Monde hier. Les États-Unis ont fait leur révolution républicaine en 1776 et nous en 1792 : pourvu que le retard de 16 années que nous accusons ne soit pas celui avec lequel des hordes fascistes, complotistes et populistes attaqueront notre Assemblée Nationale, 126 Rue de l'Université, 75007 Paris. Sentons passer le vent du boulet !

On commence à se rendre sérieusement compte que la démocratie à laquelle nous sommes habitués ne va pas du tout de soi, pas plus d'ailleurs que l'air que nous respirons, que c'est une création continue qui ne fonctionne que tant que les citoyens le veulent. Les droits de l'homme, le respect de la règle majoritaire, la passation pacifique du pouvoir sont notre bien précieux. Oui, honte à ceux qui le remettent en cause !

Je ne sais pas vous, mon lecteur, mais moi, des fascistes, des complotistes, des populistes, j'en entends parler de près ou de loin, mais je ne me sens pas personnellement concerné, je n'en fréquente pas. Je suis du bon côté de la barrière, j'ai bonne conscience sur ce chapitre. Les intellectuels de gauche ont pourtant à faire un sérieux examen de conscience. Je ne pense pas spécialement à leur complaisance envers le sadisme et la pédophile dans les années 70 sous prétexte de liberté sexuelle. Non, je veux dire sur le chapitre de la démocratie. Si on était marxiste, on disait qu'elle était bourgeoise et formelle et que la vraie démocratie, c'est à Moscou, à Pékin, à Phnom Penh ou à Cuba qu'il fallait la trouver. Si on était structuraliste, on disait que les Lumières avaient été une obscurité. On disait avec Michel Foucault que le totalitarisme, c'est dans la France gaullienne qu'il se cachait, ce vaste panopticon. On disait avec Roland Barthes que notre grand historien républicain, Jules Michelet, n'était qu'un petit bourgeois parce qu'il n'imaginait pas l'abolition du salariat, que tout auteur était dans le fond un bourgeois et qu'il n'y avait qu'à laisser le langage parler tout seul.

Je sais ce qu'on va me dire :

- Bruno, tu rumines : tout ça, c'est du passé. Hé ! Ho ! On est au XXI° siècle !

- Trop facile : si les valeurs républicaines n'ont pas été transmises pendant soixante ans, ça veut dire que les professeurs d'aujourd'hui, n'ayant été dressés qu'à la déconstruction et au formalisme, sont bien en peine de transmettre ce qu'ils n'ont pas reçu. C'est pour ça qu'après l'assassinant de Samuel Paty, ils se sont mis à dire : Ah, oui, finalement..., ces bonnes vieilles valeurs républicaines, peut-être... Aidez-nous ! On ne sait pas que dire à nos élèves... L'interruption de la transmission dure depuis deux et trois générations. Il en résulte que n'importe qui se croit habilité à dire n'importe quoi sur les réseaux sociaux sans boussole ni fil à plomb. Qui se chargera de l'éducation si le ministère qui porte ce nom ne le fait pas ?

- N'empêche que la lutte des classes, ça existe vraiment. Ce n'est quand même pas un faux problème !

- Je viens de faire la défense et illustration de la république juridique et parlementaire. Mais il y a aussi la république sociale, celle qui prend au sérieux le deuxième terme de notre devise.

- Ah ! Mais laquelle est la bonne ? Laquelle faut-il choisir ? La République formelle ou la république sociale ?

- Malheureux ! Quand comprendrez-vous qu'il ne faut pas choisir ? Il nous faut absolument les deux !

L'égalité formelle qui n'intéresse que la droite depuis deux siècles et l'égalité sociale qui n'intéresse que la gauche.

- Trump a piétiné les deux. C'est honteux !

- Parfaitement honteux, mais je suis au regret de dire que les intellectuels radicaux en ont fait autant.

- C'est un peu fort ! Y a pas plus opposé au trumpisme que les intellectuels radicaux français et américains !

- Et pourtant, les intellectuels radicaux encore majoritaires en 2021 ont soutenu en matière d'égalité sociale des régimes d'oppression dictatoriaux. Et ils ne cessent de déconstruire ce qu'ils appellent notre roman national. Ils ont faux des deux côtés et ouvrent un boulevard au populisme.

- Mais le colonialisme...

- Le colonialisme est une tache sur le drapeau tricolore, mais si on brûle tout le drapeau, alors, bonjour MM Trump, Poutine, Modi, Sissi, Xi Jinping, etc.




Mes autres billets
Tag Cloud