The house of the rising sun



L'autre jour, aux infos, ils ont dit que l'un des interprètes des Animals était mort, je ne sais pas si c'est Eric Burdon. Et ils ont lancé quelques notes. Mon sang n'a fait qu'un tour. C'était The house of the rising sun... Je l'ai réécouté sur une video où j'ai découvert le visage triste et inexpressif d'Eric Burdon. J'ignore si on connaît encore cela aujourd'hui. J'ai repensé à Virginie Despentes au début de Vernon Subutex racontant les premières fois où elle a écouté Motörhead et Les Stooge. Jusque là, pour elle, la chanson, c'était Charles Aznavour mais quand elle a entendu ça, écrit-elle, ce fut comme si on avait lâché les loups.

Moi, c'est pas pareil. J'étais un garçon classique quoique révolté mais plusieurs airs du temps de ma jeunesse m'ont marqué que je réécoutais en boucle dans mes heures sombres (pour cause de chagrin d'amour). Je n'avais même pas Aznavour. J'ai grandi dans un monde du silence comme dit Daniel, qui, lui, a passé son enfance latino en musique. Pas étonnant, si je suis un visuel et un sensuel comme vous avez pu vous en apercevoir, mon lecteur.trice. Je vais bientôt publier les Lettres d'un jeune homme. Le jeune homme, c'est mon père : j'ai découvert qu'il était passionné de musique classique dans sa jeunesse, qu'il travaillait toujours avec la gauloise et le poste. Il écrit par exemple à sa fiancée le 1er octobre 1946 :


Je connais une musique merveilleusement consolatrice. On y entend une âme qui a longtemps souffert et qui a dépassé la souffrance, qui ne peut l’oublier pourtant mais qui l’élève et qui chante lentement la paix reconquise avec quelque chose dans le ton qui est l’expérience de la douleur. C’est le concerto n°1 en la mineur pour violon et orchestre de J-S Bach. Voici deux ans qu’il m’a été révélé et il n’y a guère de jour depuis où je ne me sois chanté son andante.


Puis, un beau jour, ce fut fini : plus une note chez nous. Zéro culture musicale, ni classique, ni chanson, ni rien. Une chape de plomb. J'écris toujours en silence mais certains morceaux, faciles sans doute, me soulèvent comme The house of the rising sun.

(R)écoutez-le, mon lecteur.trice, si cette confidence vous a intéressé.e...


PS : mes échanges sur Facebook avec Pierre Berville m'ont appris que The house... était un traditionnel qui traînait à Greenwich village, repris successivement par Dave von Roke, par Bob Dilan, par Les Animaux et par Jonnhy.


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