Sommes-nous à poil ?


Vous avez pu voir, mon cher lecteur, que Le Monde des livres du 30 septembre s’est fait l’écho de mon livre Les Esprits fraternels en soulignant la phrase de mon Intro qui a plu à Solange : Les grands combats actuels, l’écologie, la justice sociale, l’antiracisme, le féminisme sont-ils condamnés à s’improviser sans racines solides dans la culture européenne ?

L’économie domine le monde, c’est sûr, le marché, la concurrence, la Chine, les salaires, les aides sociales, le budget, bref, l’horrible argent. Le capitalisme et le marxisme sont bien d’accord là-dessus et ils n’ont pas tort.

Un autre sujet, culturel celui-là, divise pourtant l’opinion en deux camps ennemis, les déconstructeurs et les populistes. Il y a deux sujets qui fâchent, le patriarcat et la "blanchéité", ce néologisme. Nous n’en finissons plus de voir s’écrouler sous nos regards hallucinés les préjugés incrustés au plus profond de nos cerveaux sur l’identité masculine et sur la supériorité de l’homme blanc. Les déconstructeurs tiennent la plupart des micros et les populistes traînent les pieds, protestent et grognent entre leurs dents.

À supposer que cette guerre froide reste froide, elle ne me plaît pas du tout. C’est vraiment un signe de mauvaise éducation ! Qu’est-ce qu’il nous faudrait, en matière d’éducation, maintenant que la synthèse catholique qui avait dominé l’Europe pendant mille ans est largement désertée et que le marxisme qui a voulu prendre le relais s'est cassé la figure ? Il nous faudrait une synthèse qui possède les qualités suivantes :


- Retenir le meilleur du libéralisme politique et économique qui a inspiré les révolutions modernes.

- Retenir le meilleur du socialisme qui s’oppose à l’exploitation de l’homme par l’homme.

- S’inspirer de la source chrétienne, si riche de fraternité et d’égalité, tout en dénonçant les péchés de l’Église catholique.

- S’inspirer de la source gréco-romaine, Homère, Eschyle, Euripide, Socrate, et mêler les eaux de ces deux sources.

- Cultiver la mémoire 1) de 1848, qui a jeté les bases de la Sécurité Sociale et de la législation du travail, 2) du dreyfusisme qui a soutenu la Vérité et la Justice, 3) de la Résistance qui a dompté le nazisme et appliqué le programme de 1848.

- Respecter les identités nationales que Péguy définissait comme la liberté des peuples. Ces identités sont évidemment largement religieuses : bas les pattes, les combistes, marxistes et talibans ! Seulement, il faudrait aussi prier les nationalités et religions de faire leur aggiornamento puisque j’ai commencé à dire que les principes de liberté et d’égalité n’étaient pas négociables.

- En plus, il faudrait, évidemment que cette synthèse soit féministe et antiraciste.


On voit bien dans tout cela qu’il y a des équilibres à établir et pas de solutions a priori, que ce soit entre liberté et égalité, ces sœurs ennemies, ou entre tradition et le progrès.

Vous en connaissez, vous, des synthèses, idéologies, religions, cultures, morales, je ne sais comment dire, qui cochent toutes ces cases ? Sommes-nous obligés de repartir à zéro et devons-nous avouer à nos enfants qu’une fois déblayés les décombres, 3000 d’histoire européenne n’ont produit que des dominations et des hypocrisies ?

J’ai écrit Les Esprits fraternels pour montrer le contraire en puisant dans notre vieux fond républicain-socialiste mis sur la touche depuis plus d’un siècle et dont je vous parle depuis le début.


Photo : vue à Arles le mois dernier, deux jeunes talibans.

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