Que Dieu bénisse tes mains !



Nous, comme série, on regarde Fauda, en ce moment. C'est sur les services secrets israëliens en lutte avec le Hamas. C'est très dur mais on voit plein de choses, même si, des fois, c'est un peu compliqué. À un moment, il y un homme qui retrouve la femme qu'il daime et elle lui prépare un bon petit plat. Alors, il lui dit : Dieu bénisse tes mains !

- Personnellement, je ne suis pas croyant, alors, je ne risquerais pas de dire ça.

- Dommage, ça met du miel. L'important, c'est pas d'être croyant, c'est la communion que ça permet. Dans cette série, il y a des crimes horribles mais on voit aussi une sociabilité chaude. Les hommes entre eux se font l'accolade et invoquent tout le temps Dieu miséricordieux.

- Je te dis que j'y crois pas, moi, à Dieu miséricordieux. Je ne peux pas me forcer...

- La question de croire ou de pas croire est tout à fait secondaire. On te demande pas de faire une dissertation de philo. L'important n'est pas que nous croyions en Dieu, c'est que Dieu, s'il existe, croie en nous, fourmis que nous sommes.

- S'il existe...

- Ça ne nous regarde pas ! Il y a quand même six siècles que Nicolas de Cues a pris la peine de confesser la docte ignorance. Sur ce qui nous dépasse, gardons un noble silence, disait aussi Wittgenstein. Finalement, je crois que c'est une question d'orgueil.

- Qu'est-ce que l'orgueil vient faire là-dedans ? De toute façon, c'est un peu dépassé, l'orgueil. Ça fait Les sept péchés capitaux, Les 10 Commandements…. La psychologie moderne n'emploie plus ce vocabulaire. C'est comme la vanité, ça fait trop XVII° siècle !

- Alors, y a qu’à dire l’hybris comme les convivialistes ou le sentiment de supériorité comme Alfred Adler, avant qu’il ait été éliminé par Freud. Pourtant c'est bien un sentiment de supériorité que les athées éprouvent devant les croyants.

- Ils nous le rendent bien.

- Nous voilà sur le terrain de la psychologie avec ses balançoires, la vanité et le mépris, la honte et l'envie. Nous, les modernes, nous gardons la nuque raide quand quelque chose est plus haut que nous. Si on applique à la laïcité la devise républicaine, ce n'est pas seulement de l'abstention et de la tolérance, genre chiens de faïence, qu'il nous faut, c'est aussi de la fraternité, et la fraternité, ça intéresse la psyché.

- Et alors ?

- Alors quand je commence à dire Moi, je... ou Personnellement, je..., déjà, je me désolidarise des autres. Le Je empêche le Nous...

- C'est un peu fort ! Alors Descartes est né en vain. La Déclaration des Droits de 1789, ça ne compte plus ! Et la liberté de conscience ?

- La devise républicaine nous dit de nous débrouiller pour concilier la liberté avec la fraternité.

- Et comment on fait ?

- On construit des ponts, pas des murs et des fossés. Si on commence à dire Moi, je ne suis pas croyant, non seulement on se coupe des croyants mais on fonde l'individualisme et la fraternité devient impossible. C'est géométrique et étymologique. Pour alimenter la fraternité, on ne peut faire l'économie je dirai d'un point sublime, quel qu'il soit.

- Je refuse de croire à n’importe quoi. En plus, c’est impossible, ça s'commande pas, comme dit Brassens.

- Je crois qu’il y a un moyen de s’arranger. Si je dis La Vie universelle, ça pourra convenir à tout le monde, aux vrais croyants qui ne cessent de célébrer la beauté de la création et aux bons athées bien écologistes, vu que tout le monde est traversé par la Vie universelle.

- Il n’y aura d'attrapés que les gros pollueurs et les productivistes à tout crin. Tope là ! Ça me va.






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