On va lui apprendre à être parano !



Hier soir, on a regardé sur Arte deux émissions du Dessous des cartes consacrées à l’Ukraine et j’ai compris bien des choses.

D’abord, après l’échec total du communisme, il n’est pas difficile de comprendre l’humiliation de la Russie. Un siècle d’histoire pour rien ! Trois générations perdues ! Ils étaient complètement à poil. Vous me direz que c’est l’URSS qui s’est cassée la figure, pas la Russie, qui, au contraire, s’est délivrée de ses chaînes. Ce n’est pas si simple ! Ce sont les même les mêmes hommes qui ont vécu l'avant et l'après 1990 et qui se retrouvent KO, titubant comme les survivants d’un tremblement de terre. L'histoire leur a donné tort. Même si l’URSS n’est plus qu’un mauvais souvenir, les Russes se sont retrouvés au ground zero, non sans avoir quand même aidé à cette catastrophe. Sans Marx et sans Tsar.

Mais là n’est peut-être pas le pire en matière d’amour-propre car ce sont les autres, les Américains, qui ont gagné la partie. Francis Fukuyama proclama que l’histoire étaient finie puisque la démocratie libérale avait définitivement triomphé, ce qui supposait que les Russes seraient enchantés et ravis de s’aligner sur Washington en toutes choses puisque plus rien ne les séparait une fois abaissé le rideau de fer. Du coup, comme on dit aujourd’hui, l’OTAN a pris ses aises puisque la Pologne, les pays baltes, la Hongrie lui demandaient d'adhérer. L’Europe aussi s’est généreusement élargie vers ses frères de l’Est.

Résultat, le discours de Munich en 2007 où Poutine furieux a dit que l’Occident avait trahi la Russie. On avait promis qu’avec la fin de la guerre froide, le multilatéralisme serait à l’ordre du jour et on a menti. La vérité, c’est que les États-Unis cherchent à dominer le monde, avec la Chine, aux triples plans politique, économique et militaire. Mensonge et trahison ! Qu’est-ce qu’il a mangé se sont demandés les Occidentaux ? Il a fait sa crise. Ça lui passera, c’est pas grave…

Pas grave ? Poutine a fait des guerres atroces en Tchétchénie et en Syrie. Il a envoyé ses chars en Géorgie et en Biélorussie, sa légion Wagner en Libye, en Centrafrique et ailleurs. Il a pris la Crimée.

Tout cela se ramène finalement à un vulgaire conflit de voisinage, sauf que, comme on dit aujourd’hui (bis), c’est à l’échelle du monde. Que ce soit en ville ou à la campagne, on a tous un voisin irascible qui déclare la guerre à chaque occasion, par exemple si le chien a renversé sa gamelle et que tout a dégouliné sur son balcon. Il faut lui rendre coup pour coup ! Pour qu’il comprenne qu’on ne va pas se laisser faire comme ça ! On va lui apprendre à être parano !

Ce qui est oublié dans tout cela, c’est la force du nationalisme, cette corruption du principe de nationalité sous l’effet de l’amour-propre blessé. On se souvient de l’époque où les marxistes nous enseignaient qu’il n’y avait que la lutte des classes de vraie et que la guerre civile libanaise était réductible à un conflit entre exploités et exploiteurs. Le capitalisme ne fait pas mieux puisqu’il dit que l’argent n’a pas d’odeur et qu’il n’y a que le marché de vrai. On a vu le résultat en Iraq et en Afghanistan où les Américains ont débarqué comme un éléphant dans un magasin de porcelaine et sont partis la queue basse.

Les émissions d’Arte laissent à penser que la même erreur a été commise avec le voisin russe de l’Europe. L’Amérique, l’OTAN et l’Europe ont poussé leurs pions comme on fait aux échecs. L’autre a tort : le nationalisme est un très vilain défaut, les droits de l’homme, c’est important et les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. Fort bien. Mais cela ne dit pas comme on règle une querelle de voisinage avec un voisin irascible, surtout quand il existe entre lui et nous toute une bande de pays à cheval sur deux histoires et deux langues, c’est-à-dire où s’enchevêtrent des ethnies qui sont autant de barils de dynamite pourvu qu’on les chatouille un peu…

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