On va bien se chauffer les os



Faustine : Qu’est-ce que fais, Bono, avec ce gros marteau ?

Bono : Tu le vois, j’explose ce billot de cyprès. D’abord, c’est pas un marteau, c’est une masse !

- C’est quoi tous ces billots ?

- On te l’a pas dit ? Finalement j’ai récupéré tous les rondins du cyprès de Jacques. Yoyo a rétrogradé. Elle a dit qu’on pouvait les prendre. Je les aurais pris de toute façon. J’ai fait trois chargements avec la voiture. Seulement ils sont beaucoup trop gros pour les mettre dans la cheminée. Recule-toi ! Carogne ! Où il a sauté, mon coin ?

- Il est là !

- Ah ! Ce coup-ci, on va lui faire sa fête. Attends, mon salop ! … Oh pute borgne ! Il a encore sauté ! Cagagne ! Bordille ! Tiens, passe-le moi !

- Attention de pas te taper sur le pied, Bono ! Tu sais à quoi je pense, Bono ?

- Non ?

- À Brun l’ours.

- Pourquoi, parce que je m’appelle Bruno ? Parce que j’ai l’air d’un ours ?

- Les ours aiment trop le miel et celui-là en avait trouvé dans la fente d’un arbre. Les bûcherons avaient enfoncé les coins et les abeilles avaient fait leur ruche dans la fente.

- Et alors ?

- Il a enfoncé son museau dans la fente et comme les coins le gênaient, il les a enlevées avec ses grosses pattes. Clac ! Il a eu le museau écrabouillé et en plus, il est resté prisonnier.

- Je vais lui mettre un bon coup sur la gueule, cette fois. Pauvre bête ! Les chasseurs ont dû se régaler ! Voilà, ça y est ! Regarde la chair blanche du bois. On va bien se chauffer les os l’hiver prochain.

- Et ça, c’est quoi, Bono ?

- Ça, c’est des barreaux de chaise. Tu sais, la vieille chaise crevée que j’avais au garage. Je lui ai fait sa fête, à elle aussi. Avec les pattes et avec la paille, on allumera le feu.

- Pourquoi tu as gardé les barreaux ?

- Regarde comme ils sont beaux. Et pas un trou de ver ! C’est d’un bois spécial, peut-être du châtaigner. On voit encore la trace de l’outil de l’artisan. C’est du fait main ! On travaillait bien en ce temps-là. Péguy disait qu’un ouvrier façonnait un barreau de chaise aussi bien que quand il construisait une cathédrale.

- Qu’est-ce que tu vas en faire ?

- J’sais pas… Peut-être que je pourrais faire une sorte d’escalier en les tanquant dans l’angle de ta chambre.

- Pour quoi faire ?

- Pour suspendre tes chaussettes. Ou tes petites culottes. En tout cas, j’aurai pas besoin de la fendeuse de Morizot.

- C’est quoi, la fendeuse de Morizot ?

- C’est une machine qu’on met derrière le tracteur et qui fend les bûches.

- Mina, elle lisait le livre d’un filousophe qui s’appelle Baptiste Morizot.

- Ignorante ! Morizot c’est l’expéditeur de melons de Cucuron !




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