On nous parle de guerres, de massacres et de viols...



Je continue à cartographier les 32 tragédies grecques qui nous sont parvenues, certaines ultra-célèbres, l'histoire des Atrides, celle d'Œdipe, d'autres beaucoup moins. Les Troyennes d'Euripide me donne spécialement à penser. C'est la guerre vue du point de vue des vaincues, j'ai bien mis le mot au féminin. C'était déjà le cas des Perses d'Eschyle. Cette fois, Troie est en flammes, les hommes ont été passés au fil de l'épée et un messager vient annoncer à quel maître sera attribuée chaque captive : Andromaque ira au fils d'Achille, Cassandra ira à Agamemnon et Hécube à Ulysse, chacune à celui qu'elle déteste le plus. Le vieux poète insiste sur la passion d'Andromaque dont le fils doit être précipité du haut des remparts sur l'ordre d'Achille et sur la passion d'Hécube dont la fille doit être sacrifiée sur la tombe d'Achille, encore lui !

Autant dire que le héros est complètement déboulonné. Depuis des siècles, Achille, c'était le modèle à imiter, celui qui avait préféré une vie brève mais glorieuse à une vie longue et terne. C'était aussi celui qui avait fraternisé pré-chrétiennement avec Priam dont il venait de tuer le fils, au chant XXIV de l'Iliade. Euripide le réduit en poudre : du fond des enfers, il ne cesse d'outrepasser les droits de la guerre et de réclamer que du sang frais recouvre le sang noirci, celui du petit Astyanax, celui de la vierge Polyxène qui lui avait été promise avant sa mort et encore la vie du dernier des fils d'Hécube que la malheureuse vient de recueillir sur le rivage. Hécube est cependant parvenue à crever les yeux de l'assassin et le plus fort est que c'est un Grec, Agamemnon, qui vient lui donner raison contre l'ordre d'Achille. Toute la pièce est un cri de douleur et d'indignation contre les cruautés, massacres, viols et esclavages dont les femmes et les enfants sont victimes comme en Syrie aujourd'hui et un peu partout, 25 siècles avant l'institution du tribunal international de La Haye.

La pièce fut représentée en 415 au lendemain du massacre des Méliens que Wikipédia résume ainsi : l'île voulait rester neutre dans la guerre du Péloponnèse mais Athènes l'a attaquée et l'a forcée à se rendre après plus de six mois de siège. Tous les hommes en âge de porter les armes furent exécutés, les femmes et les enfants étant vendus comme esclaves. Les 30 000 Athéniens qui assistaient aux Troyennes avalèrent la pilule transparente sans broncher et n'en continuèrent pas moins à préparer à folle invasion de la Sicile, un désastre total. 10 000 citoyens-soldats y laissèrent la vie, dont 7000 dans les affreuses carrières des Latomies.

Après, Aristote vient nous raconter que la tragédie purge les passions et on nous fait faire des dissertations là-dessus. Purgation mon œil ! (voyez comme je suis poli, mon lecteur) Les Athéniens inventeurs de la raison, de la démocratie et de l'harmonie ont été aussi fous que Napoléon à Moscou, qu'Hitler à Stalingrad et ne s'en remirent jamais. Ils ont aussi banni Phidias, fait boire la cigüe à Socrate et décapité les 6 stratèges vainqueurs des Arginuses que la tempête avait empêchés de recueillir les matelots noyés. (cela parmi bien d'autres iniquités)



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