Ne jamais scandaliser




Dans huit jours, les professeurs vont faire leur rentrée la boule au ventre. On voit s'insinuer une censure et une autocensure inacceptables qui interdisent de parler normalement de l'homosexualité, de la liberté des femmes, de la shoah ou de l'évolution. Mais comment s'y prendre au sujet de la malheureuse caricature qui a mis le feu au poudre ?

Que le délit de blasphème n’ait pas cours sous nos cieux grâce à Voltaire et à 1789 est hors de toute discussion. Mais je maintiens que c’est une faute contre la laïcité de représenter devant des collégiens la caricature obscène, genre Abou Ghraib, du prophète de quelque religion que ce soit. Je ne suis pas spécialement musulman, mais je me déclare personnellement offensé. Comment un bon musulman, qu’on prie de sortir de la salle, n’aurait-il pas l'impression qu’on va dire dans son dos : Allez-y les gars, et les filles aussi. Y a pas de mal à ça !

Avec tout le respect dû à un mort, à un martyr, qui fut certainement un professeur compétent et dévoué, je dirais que Samuel Paty a commis pour le moins une maladresse envers la laïcité s’il est vrai qu’il a prié les élèves musulmans de quitter la classe pour exhiber sa caricature obscène. C’était peut-être par délicatesse, mais quelle ambiguïté ! Il était prévisible que la neutralité et le respect laïque de toutes les croyances semblent bafoués. C’est un peu, en inversant, comme la  pédagogie qui consiste à énumérer tous les gros mots qu’il ne faut pas prononcer… Je pourrais aussi en appeler à notre devise si bien équilibrée. Liberté d’expression certainement, mais en tension avec l’égalité et avec la fraternité. Voilà pour les principes.

Après, il y a la stratégie. Nous avons assez de proverbes : ne pas donner le bâton, ne pas jeter de l’huile, ne pas se tirer une balle, ne pas agiter le chiffon… Je dirai plus sobrement : ne scandaliser personne. J'aimerais faire ma rentrée dans huit jours devant les étudiants. Je me garderais bien d’apporter dans ma sacoche des caricatures obscènes des grands sages et des grands prophètes qui ont guidé l’humanité pendant des millénaires, Homère, Moïse, Confucius, Bouddha, Socrate, Jésus, et Mahomet, le petit dernier. J’aurais d’ailleurs à l’esprit que notre modernité qui a refoulé  toutes les traditions, c’est sa définition même, a engendré l’individualisme rivalitaire dont nous nous plaignons tous les jours. Puisque notre destin est désormais de vivre mêlés les uns aux autres, je rappellerais que le respect mutuel, doit être la règle absolue. 

Je sais bien que ça ne résoudra pas tout et qu’il faudra ensuite en venir aux autres parties du programme, que j'ai énoncées en commençant mais ce sera moins difficile si on s’est concilié les esprits de bonne volonté, si on a mis les indécis de son côté et si on a isolé les fanatiques.


Photo : Mahomet représenté sur une illustration ottomane du 17° siècle, issue de la copie d'un manuscrit ikhanide du 16° siècle du Kitāb al-Āthār al-bāqiyah (Trace des siècles passés) du savant Al-Biruni rédigé au début du 16° siècle.

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