Les scholars au poteau !


Rabelais s’est bien moqué des scolastiques médiévaux qui discutaient, conféraient, débattaient, disputaient, exposaient, devisaient, dissertaient sans fin. La patristique et la sophistique ont condamné la raison à mille ans de ténèbres.

L’autre jour, quand j’ai eu fini les mots fléchés dans la salle d’attente de mon dentiste, j’ai ouvert un numéro du Point d’il y a au moins trois ans. Michel Omfray, notre grand déboulonneur de statues, clouait au pilori Abélard qui se demandait si le même universel doit être à la fois tout entier en lui-même et tout entier dans chaque individu dont il est tout à la fois le genre et l’espèce tandis que Gilbert de la Porrée montrait que les formes ne sont pas par elles-mêmes des essences, mais des substances en vertu desquelles il y a des substances.

Le problème est que le vice académique renaît à chaque fois de ses cendres. Ceux qui détiennent le pompon, ces sont les philosophes allemands ! Libérateur à ses débuts, l’humanisme gréco-latin est devenu un culte des Anciens complètement étouffant, une vraie camisole de force pour les esprits créatifs. Lanson et l’histoire littéraire ont remis en marche des études littéraires figées grâce à l’histoire. Ça s’est transformé en une nouvelle scolastique que le structuralisme et Roland Barthes ont envoyé promener au nom d’une retour au texte, rien que le texte. Mais Barthes et les structuralistes, imbus de leur pseudo-science, ont vite enflé des chevilles (symbole de l’âme, comme chacun sait) et tourné la tête à 3 générations d’étudiants avec des livres devenus illisibles, qu’on s’arrachait aux lendemains de mai 68 et qu’on retrouve aujourd’hui dans les marchés aux puces. La baudruche s’est dégonflée mais voici que le sectarisme post-colonial et néo-féministe prend le relai. Le conformisme est bien ce qui caractérise les personnes dont le métier est de penser. C'est facile à comprendre. Rousseau explique que « les gens d’esprit et les gens de lettres sont de tous les hommes ceux qui sont les plus excités par l’amour-propre, les moins portés à aimer et les plus portés à haïr. » En effet, l’homo academicus, comme l’appelle Bourdieu, parle toujours devant un public à qui il veut plaire mais qu’il craint. S’il n’y réussit pas par son talent, il tente de le faire par l’autorité de sa discipline hors de laquelle point de salut. Ce sont eux qui décernent les notes, les diplômes, la réussite. En plus, les profs sont en concurrence entre eux pour l’avancement et pour la réputation.

Morale :

- Fermer le livre quand on tombe sur des phrases de plus de deux lignes, sauf si l’auteur s’appelle Marcel Prout, le maître de l’hypotaxe, ou Charles Péguy, le maître de la parataxe.

- Barrer tous les mots de plus de trois syllabes et remplacer les mots grecs par des mots lisibles par notre plombier et notre égoutier à qui nous devons tant.

- Couper le poste quand le journaliste répète quatre fois la même chose évidente alors que la seule information qui compte, on l’attend vainement.

C’est facile, les scholars, on les reconnaît à leur rythme académique et à leur phrasé typique qui ressemble à celui des ecclésiastiques. Quelle délivrance quand on entend un prof qui possédant un cœur d'homme !


Photo : le vélo que j'ai retiré du Vieux Port l'autre jour.

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