Les riches montrent-ils le bon exemple ?





Je m'en souviens comme si c'était hier : j'avais été choqué parce que Michel Tournier avait dit à la radio que les riches montraient le bon exemple. Finalement, il avait peut-être raison : si tout le monde était riche, il n'y aurait plus toutes ces souffrances liées à la pénurie, c'est évident, et la lecture du journal serait beaucoup plus agréable !

Pour la pollution, c'est pourtant le contraire. On sait que les pays riches polluent 25 fois plus que les pauvres. Daniel m'a dit que c'était la faute des capitalistes. Il avait téléphoné pour prendre des nouvelles et la conversation a dérapé sur ce thème rebattu. Moi, j'ai dit que, s'ils pouvaient, les pauvres feraient exactement comme les riches, qu'ils pollueraient au maximum et qu'il n'y avait pas pire qu'un nouveau riche. Il n'a pas trop voulu en convenir en disant que c'étaient toujours les mêmes qui étaient riches et qu'on ne pouvait pas changer de classe sociale.

Alors je lui ai dit qu'il n'y avait quand même pas deux races dans l'humanité, la race des riches et la race des pauvres. Il en a convenu parce qu'il n'aime pas le racisme mais il a continué en prenant l'exemple du plastique et en disant que les capitalistes faisaient tout pour en produire le plus possible.

Alors là, je lui ai sorti ma théorie de la synergie entre la rivalité des consommateurs et la rivalité des producteurs. C'est comme un concert sans chef d'orchestre mais qui ferait quand même de la très belle musique, la preuve, c'est que tout le monde semble bien d'accord pour balancer le plus de plastique dans la nature, qui se désintègre en microparticules qui empestent tout.

Là, il savait plus quoi dire. Alors pour l'écraser encore plus, je lui ait dit qu'il fallait réfléchir aux racines anthropologiques de la rivalité qui étaient les mêmes à toutes les époques et dans tous les pays.

Comme il est philosophe, cette idée lui a plu et nous avons conclu qu'il fallait lutter sur tous les fronts c'est-à-dire renforcer la lutte contre le capitalisme mais aussi s'efforcer de diminuer notre consommation de produits inutiles et nuisibles.

Je prends un exemple : quand on a conduit Sandra au train, elle était chargée comme d'habitude de plusieurs lourdes besaces et Michèle a dit qu'il faudrait lui acheter une élégante valise-coque à roulettes. Alors j'ai dit que c'est peut-être Houellebecq qui avait raison et qu'elle avait qu'à prendre la grosse valise en tissu d'une couleur indéfinissable qu'on a ramenée d'Égypte il y a cinq ans et qui s'ennuie au fond de la cave. Pareil pour la bassine écaillée qui nous sert à récupérer les déchets organiques : on va la garder ! Les objets inanimés n'ont-ils pas une âme ? Une âme qui pleure et qui saigne quand on les met à la déchetterie pour un simple accroc ou une petite rayure.


Photo : extraite de ma collection particulière.

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