Le Phallus et le Néant



Je vous conseille ce film en ligne, mon cher lecteur. Ça coûte 4 euros, mais ça va, selon votre sensibilité sur la question, soit vous exaspérer, soit vous éclairer définitivement sur ce que vous n'avez jamais osé demander sur Freud et Lacan. Sophie Robert a interrogé 18 psychanalystes orthodoxes. J'insiste sur orthodoxes. Il se pourrait que la majorité des psychanalystes se soit détachée de cette orthodoxie au profit de pratiques diversifiées et beaucoup plus pragmatiques, et que ce soit finalement le grand public, les libraires, les philosophes, les médias, les intellectuels en général qui continuent à brandir pieusement, paresseusement Freud et Lacan chaque fois qu'il y a un peu de mystère et de sexe quelque part.

Il n'existe donc qu'un sexe, le phallus, puisque le sexe féminin n'existe pas. Il en découle que les garçons n'ont qu'une hantise, la castration, que les filles haïssent leur mère qui les a faites à leur image, privées de pénis et qu'elles n'ont qu'une idée, c'est de trouver un pénis de substitution qui n'est autre que l'enfant. L'accouchement ne ressemble-t-il pas à une érection ? Évidemment, les hommes sont incapables de désirer la moindre femme, puisqu'elles sont toutes dépourvues de sexe. Cela nous est dit et répété.

- Mais alors pourquoi baisent-ils ?

- C'est pas les femmes que désirent les hommes, mais un fantasme de femme !

- Vous saisissez la nuance, mon lecteur ? Quant à l'inceste, y a pas de souci, vu que l'enfant est un pervers polymorphe. Mais attention, il faut écrire père-vers, ce qui veut dire tourné vers le père.

J'abrège, mais tout est du même tonneau, sur un ton très docte. On entend les paradoxes les plus étonnants proférés avec une grande assurance et les explications sont encore plus mystérieuses parce que les mots n'ont pas tout à fait le sens que celui que nous connaissons. Alors, soit on se révolte et on renverse le jeu en disant Ça suffit ! soit on se soumet humblement, comme au temps où les médecins parlaient latin.

Ne sommes-nous pas les enfants de Marx et de Freud, les deux figures de la modernité qui ont renversé les préjugés de la vieille bourgeoisie européenne ? Si vous contestez Marx et Freud, c'est que vous êtes ses complices, des collabos ! C'est contre ce manichéisme insupportable que combat mon blog depuis trois ans. Entre parenthèses Marx et Freud sont incompatibles puisqu'ils disent l'un que c'est le besoin matériel qui commande tout, l'autre que c'est le sexe. Faudrait savoir.

Existe-t-il un moyen terme cohérent entre bourgeoisisme et freudo-marxisme ? Mais c'est tout le sens de ce blog de le montrer et j'en profite pour faire un point. Oui, ce blog est une invitation à la dissidence, à l'hérésie. Pierre Leroux s'est séparé de Marx en 1844 comme Adler a rompu avec Freud en 1911. Nous serons donc socialistes mais au sens républicain et pas au sens collectiviste et nous serons psychanalystes adlériens et diéliens et pas freudiens ni lacaniens.

Ça veut dire qu'au lieu de partir du sexe, on part du besoin d'estime, ou de reconnaissance, ou de l'amour-propre, comme vous préférez dire, et on dit que le sexe et toutes ses perversions, qui sont si grandes, sont commandées par les blessures de l'amour-propre. Donc, on inverse le rapport.

Et, chose capitalissime et non négociable, on s'exprime dans la langue de tous les jours, audible par le commun des mortels.

En plus, la fraternité étant le terme le plus important de la devise républicaine et la valeur à reconquérir dans une psyché ravagée par l'envie et la rivalité de l'amour-propre blessé, on circule en toute sécurité de l'échelle politique à l'échelle psy du lien social. Mais c'est peut-être trop simple... Pourquoi faire simple quand on peut faire embrouillé, pas vrai ?

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