Le monde moderne est mortel


Rien de plus triste que les pauvres discours des modernes sur les tombes, une fois qu'on a renoncé à l'apparat des cérémonies religieuses. Mais rien de plus gênant et hypocrite que de payer un curé pour faire une belle cérémonie et parler d'un ciel auquel on ne croit plus. Peut-on recroire ? Le mot n'existe même pas. C'est comme quand on a cassé une tasse. On ne la recollera pas.

D'où l'angoisse moderne, c'est bien connu. On valorise la vie, la jeunesse, les droits de l'homme mais la mort est un non-sens absurde. Chaque génération annule la précédente. Dans ces conditions, on est heureux quand on est jeune parce qu'on ne pense pas à la mort et on est de plus en plus angoissé au fur et à mesure qu'on s'en rapproche. Il y a pourtant un moyen simple de s'en sortir, c'est la transmission. Ma vie ne sera pas perdue si j'ai un patrimoine à transmettre à mes enfants. Patrimoine spirituel encore plus que matériel. Et si je n'ai pas d'enfants ? Ce n'est pas une impasse car il y a bien d'autres destinataires : l'humanité ne fournit-elle pas assez de candidats à l'héritage. ?

Pierre Leroux disait en 1840 que l'immortalité était dans la transmission et que le vrai socialisme, c'est la solidarité des générations autant que la solidarité des contemporains. Quelle drôle d'idée, ricanaient les marxistes, qu'une solidarité avec des êtres qui n'existent pas ! C'est oublier la plus vraie des vérités : la vie ne va pas sans la mort, ni la mort sans la vie. Toutes les sociétés, sauf la nôtre, sont bâties sur la mémoire et la solidarité des générations : les ancêtres, les parents, le mariage, les enfants, les générations futures, la grande affaire ; transmettre le nom, l'honneur, la maison, le message. La modernité brise la chaîne et met les anneaux à part. Mais à quel prix !

Évidemment, ceux qui souffrent le plus sont les plus silencieux puisqu'ils meurent seuls. Mais tous sont frappés car c'est d'une crise de civilisation qu'il s'agit. L'économie a proclamé en 1830 que le commerce et la consommation tiendraient lieu de tout. Le marxisme a contre-signé en voulant juste modifier les règles de distribution. Oui, je sais, le marxisme, c'est fini, mais, je l'ai rappelé, ce qui est cassé reste cassé.

Giono, dans ses mauvais jours, a raconté plusieurs fois l'histoire d'un paysan qui casse sa vaisselle en mille morceaux, brise ses meubles, démolit sa maison, met une balle dans la tête de son cheval, puis va se pendre.

Aujourd'hui, c'est exactement ce que font à tour de bras les déconstructeurs comme si, en cinq siècles, l'Europe n'avait rien produit d'autre que du machisme et du colonialisme

Nous sommes de mauvais héritiers ! La crise écologique va-t-telle nous réveiller ?


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