Le monde est en attente d'une grande figure



Vous m'avez déjà vu utiliser le terme socialisme, mon lecteur peut-être un peu perplexe. En fait, comme on dit aujourd'hui, je l'entendais dans un sens assez particulier en pensant à Péguy qui avait éliminé tous les mots en isme de son vocabulaire sauf celui-là, mais attention, c'était à la fin du XIX° siècle ! Pour lui, le socialisme, c'était le contraire de l'égoïsme, de la domination des puissants sur les faibles. Bouddha, Socrate ou Jésus avaient lancé le mouvement, continués par les grandes hérésies désireuses de retrouver l'esprit de l'Évangile chaque fois qu'il était confisqué par les moines et les seigneurs. Ce socialisme-là inspira 1789 et les républicains de 1792, des années 1830 et 1840 comme Pierre Leroux qui forgea le mot, et par les défenseurs de Dreyfus dont Péguy faisait partie. Ce socialisme, humain et certes pas scientifique, faisait appel à la sensibilité et à la compassion envers la souffrance, fut détourné et monopolisé par une doctrine philosophique, intellectuelle, abstraite, dogmatique, scientiste, mécanique, hégélienne et fausse, qu'on appelle le marxisme. Péguy ne s'était pas trompé en prévoyant dès 1905 les persécutions, les exterminations, les hôpitaux psychiatriques, les longs interrogatoires à l'électricité auxquels allait donner lieu une doctrine si totalitaire, plus polluante qu'une marée noire. Il résulte de cela une énorme question de vocabulaire. Il nous manque tout simplement un mot pour désigner la résistance aux effets catastrophiques de la mondialisation. Oui, le mot socialisme est plus pollué qu'un vieux torchon : comment aurait-on encore envie de s'en servir pour faire le ménage ? Pourtant, la charge symbolique d'un mot, d'un drapeau, d'un signe de reconnaissance capables de réunir les énergies est certainement indispensable. Au moment où la planète brûle, où les espèces succombent, où le covid sévit, où les émigrés poussent derrière la porte, etc., etc., les paroles et les actes de résistance se multiplient à travers le monde mais il manque les mots, les repères, les personnalités douées de visibilité et de charisme. Le monde est en attente d'une grande figure fédérative de la stature d'un Gandhi, d'un de Gaulle, d'un Nelson Mendela... Si elle vient, c'est sans doute du côté de l'écologie que se fera entendre la voix capable de donner une puissance irrésistible au mouvement qui obligera les gouvernements à tordre le museau des firmes capitalistiques. Le raisonnement vous paraît correct ?

Photo : Au bord du lac Arverne, la sybille tend à Énée le rameau d'or qui lui permettra de pénétrer dans le royaume des morts. (Turner)




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