Le Jour du jugement


Péguy n'aimait pas les Romains avec leur vulgarité, leur moralisme à l'américaine et leurs combats de gladiateurs, sauf le tendre Virgile. Je pense aussi à une phrase d'Élie Faure, le grand historien de l'art : À Rome, l'artiste, c'est l'ingénieur. J'ai envie d'ajouter : Et le grammairien !

J’ai déjà fait ici l’éloge des vers de Virgile, justement : Ibant per umbram obscuri sola sub nocte. Point n’est besoin de connaître le latin : Articulez ! Et répétez !

Et le latin d’Église ? Il ne faut pas oublier le latin d’Église dont la musique a bercé les oreilles de nos Pères pendant 2000 ans, jusqu’à l’invention du rock et des Centres commerciaux.

Je tombe justement sur le Dies irae, ce cantique du XI° siècle siècle, qui m’avait tant frappé adolescent dans l’admirable film de Bergman Le 7° sceau. Vous vous souvenez ? Voici les 12 premiers vers. D'abord en latin, s'il vous plaît. Et articulez bien :


Dies iræ, dies illa,

Solvet sæclum in favílla,

Teste David cum Sibýlla !

Quantus tremor est futúrus,

quando judex est ventúrus,

cuncta stricte discussúrus !

Tuba mirum spargens sonum

per sepúlcra regiónum,

coget omnes ante thronum.

Mors stupébit et Natúra,

cum resúrget creatúra,

judicánti responsúra.

Etc... Amen


Mieux que ça ! Recommencez ! Ce sont des vers, quand même, des octosyllabes, avec des rimes et un mètre trochaïque alternant syllabes longues et courtes !

Bon, ça va. J'ai pitié. Voici la traduction, enfin de la première moitié :


Jour de colère, que ce jour-là

Où le monde sera réduit en cendres,

Selon les oracles de David et de la Sibylle.

Quelle terreur nous saisira

lorsque le Juge apparaîtra

pour tout juger avec rigueur !

Le son merveilleux de la trompette,

se répandant sur les tombeaux,

nous rassemblera au pied du trône.

La Mort, surprise, et la Nature

verront se lever tous les hommes

pour comparaître face au Juge.

Le livre alors sera ouvert,

où tous nos actes sont inscrits ;

tout sera jugé d'après lui.

Lorsque le Juge siégera,

tous les secrets seront révélés

et rien ne restera impuni.

Dans ma détresse, que pourrai-je alors dire ?

Quel protecteur pourrai-je implorer ?

alors que le juste est à peine en sûreté…

Ô Roi d’une majesté redoutable,

toi qui sauves les élus par grâce,

sauve-moi, source d’amour.

Rappelle-toi, Jésus très bon,

que c’est pour moi que tu es venu ;

Ne me perds pas en ce jour-là.

À me chercher tu as peiné,

Par ta Passion tu m’as sauvé.

Qu’un tel labeur ne soit pas vain !

Tu serais juste en me condamnant,

mais accorde-moi ton pardon

lorsque j'aurai à rendre compte.


Vous avez vu que la sibylle chère à Virgile n’est pas oubliée par le vieux poète ?

Si ça vous a plu, je ne saurais trop vous conseiller d’écouter cela en grégorien sur google. Vous n'avez qu'à faire : https://www.youtube.com/watch?v=Dlr90NLDp-0

Si ce n’est pas une métaphysique, cela, je ne m’y connais pas.

À propos, vous avez suivi l’engueulade Mélenchon / Zemmour sur BFM TV avant hier ?


Photo : Le Jugement dernier par Rogier van der Weyden.

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