Le génie, c'est la voix du peuple


Qui n'a pas fréquenté les Puces des Arnavaux le dimanche matin ne connaît pas Marseille dans toute sa majesté. Devant attendre Michèle trois minutes, partie faire le plein de légumes, je me suis posté dans un coin au soleil car le mistral était glacial. Un vendeur de serviettes de toilette a croisé mon regard et m'a tout de suite demandé comment ça va ? Nous avons échangé quelques paroles et il m'a proposé un café. Je l'ai beaucoup remercié plein d'admiration pour la simplicité et la cordialité de cet échange. J'ai oublié de dire que sur un million de personnes aux Puces 90 % sont des beurs.

J'ai repensé à ce que disent Michelet, Hugo et Péguy : les génies sont la voix du peuple. Au début, ça m'a surpris, cette idée, puis, à la réflexion, je me dis qu'il ne peut en être autrement. Les génies ne sont quand même pas les porte-paroles des privilégiés et des dominants, ce qui limiterait singulièrement la portée de leur création et leur ferait même faire une vilaine grimace. Vous me direz que les génies pourraient être à l'écoute d'eux-mêmes, comme leur nom semble l'indiquer. C'est ce que prétendaient les romantiques, ces orgueilleux, qui se disaient inspirés d'en haut, par on ne sait quelle Muse, cette blague ! Mais non : ils peuvent être surdoués, les génies, qui alimentera la machine, les dominants ou le peuple ? On n'échappera pas à la question.

Ici, une remarque capitale au sujet du peuple. Quand Michelet ou Hugo ou Péguy parlaient du peuple, ils parlaient évidemment des paysans, étant entendu que les ouvriers étaient des paysans fraîchement urbanisés. Le peuple, c'était donc la paysannerie telle qu'elle s'était constituée depuis 10 000 ans avec son expérience de la terre, ses us et coutumes, sa religion. Cette classe sociale n'existe plus en Europe. L'exode rural, la standardisation de la consommation, la télévision, maintenant internet ont complètement fait disparaître le peuple au sens terrien, traditionnel et religieux.

Il existe pourtant un moyen de remonter le temps et de rencontrer le peuple, c'est de se déplacer dans l'espace et d'aller en Afrique du nord, dans le Sahel ou en Afrique noire où un vrai peuple existe encore, au moins pour quelques années. Vous me direz qu'avec le terrorisme et le Covid, il est de plus en plus difficile de se déplacer. Alors, allez aux Puces de Marseille, ralentissez un peu le pas et vous pourrez retrouver la sociabilité chaude que nous avons perdue en Occident.

Je songe d'ailleurs m'établir dans ce quartier des Arnavaux, loin des bourges de mon arrondissement avec leur bling-bling, leurs SUV, leurs résidences avec portail à code et leurs fausses blondes de femmes à bouche en cul de poule.

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