La littérature est-elle de gauche ou de droite ?



De gauche, évidemment ! Je n'en ai pris conscience que très récemment, mais c'est une immense découverte, si c'est vrai. La gauche, c'est le mauvais côté et pas que depuis 1789. Depuis toujours, la gauche porte malheur, c'est contrariant et contrarié. Le pouvoir est à droite / la révolte, la révolution, le Tiers État sont à gauche. Au XVIII° tous les auteurs sont contre la monarchie absolue, contre l'Église, contre la noblesse. Au XIX°, c'est pareil, mais c'est contre la bourgeoisie que s'alignent les poètes. Vous imaginez un poète bourgeois ? Pour nos romanciers aussi, le bourgeois, c'est l'être égoïste, hideux et stupide par excellence. Voyez Balzac, Stendhal, Sand, Hugo, Flaubert, Zola.

- Et avant ?

- C'est pareil. Voyez Homère qui aime autant les Troyens vaincus que les Achéens vainqueurs. Voyez Eschyle qui décrit la victoire de Salamine du point de vue des Perses et le viol du point de vie des Suppliantes noires. Voyez Sophocle qui décrit le pauvre Œdipe les yeux crevés, vagabond sur les chemins. Voyez Socrate toujours à traîner avec les esclaves et les gens du marché. Voyez la littérature chrétienne tournée vers les lépreux, les pauvres, les prostituées,. Voyez Montaigne, ami des Indiens, des paysans, des étrangers. Voyez Molière et la Fontaine. Voyez Pascal qui rabaisse radicalement toute élévation sociale.

- Oui, mais Ronsard était pour les catholiques. Saint-Simon était pour les ducs et pairs, Chateaubriand était pour le roi. Flaubert était un vrai réac.

- Exact. Ce sont plus que des exceptions, mais il faudrait analyser au cas par cas. Pour l'essentiel seuls les auteurs révolutionnaires, ont bien vieilli et survécu parce qu'ils était animés par le souffle de la liberté. Le christianisme fut libérateur en son temps, la Renaissance fut libératrice, les Lumières furent libératrices, le socialisme fut libérateur.

- Et au XX° ?

- Là, je suis gêné parce que la majorité des auteurs furent horriblement de droite.

- Comment ça ?

- Ils se sont tous rués dans la défense des pires oppresseurs, les uns côté Hitler, les autres côtés Staline.

- Il doit bien y avoir des exceptions, quand même ?

- Certes ! Je vois Péguy et Proust, Gide et Giono, Mauriac et Malraux. Ça fait pas beaucoup...

- Mais ce sont les plus grands.

- Ça vous étonne ?

- Et Camus !

- Bien sûr, j'allais oublier Camus.


Photo : quatre tomes de l'Encyclopédie de Diderot vus à L'Isle-sur-Sorgues dimanche dernier.

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