La France comme un jardin


La seule chose de bien que pourrait apporter l’invasion russe en Ukraine, c’est de détourner le monde de l’énergie carbonée. Pour le blé, c’est malheureusement le contraire : la pénurie incite les gros céréaliers à surproduire afin de nourrir le monde. C’est donc aussi le moment de lancer une immense révolution culturelle, je veux dire agro-culturelle écologique.

Alors, faisons un rêve ! Le rêve de transformer la France en un immense jardin qui fasse l’admiration du monde. Ne touchez pas un pouce de forêt, mais rendez à la culture les friches en tous genres, les friches agricoles et les friches industrielles, les jardinets stériles des copropriétés, le bord des routes et des autoroutes abandonnés aux canettes en plastique, à la pub, aux gravats, et tant d’autres espaces artificialisés.

Pour cela, il y a deux conditions : Il faudra beaucoup de technologie en matière de permaculture et il faudra plus d’un million de bras supplémentaires qui remplaceront machines et pesticides. Ça tombe bien : nous avons des millions de chômeurs, d’émigrés, de retraités qui s’ennuient, etc.

- Ouais… C’est la méthode Pol Pot. Mettre la ville à la campagne. Résultat 1, 5 millions de morts !

- Pour qui m’prenez-vous ? C’est pas la peine que je m’insurge billet après billet contre le marxisme-léninisme-trotskisme-stalinisme…

- Alors, s'il faut attendre que les néo-ruraux fassent tache d’huile avec leurs petites structures écolo, on sera tous morts de faim avant…

- Des néo-ruraux, j’en connais plusieurs dans le Luberon, dans la Creuse, en Ariège. Ils réalisent en somme le programme de Proudhon, de Bakounine, d'Élisée Reclus et des autres. C’est le programme des coopératives et des mutuelles. C’est l’avant garde, mais il faut que les autres suivent. Pour cela l'État doit être incitatif.

- Ouais, mais la France, c’est le pays du tout ou rien. Ou bien, c'est l’État centralisé depuis Louis XIV et depuis Napoléon ou bien c’est l’anarchie et l’individualisme !

- Pardon, vous êtes mal informé. Lisez plutôt en quels termes Pierre Leroux secouait ses confrères à l’Assemblée nationale le 10 août 1848 :


Non, ce n’est pas pour réaliser de tout point une société nouvelle que vous avez reçu mandat du peuple, mais pour permettre que cette société nouvelle se réalise par les efforts individuels des citoyens s’échappant du néant de l’individualisme et convergeant par des essais d’association de toute nature. Il ne s’agit donc pas de faire intervenir l’État dans les relations sociales ; mais entre l’intervention de l’État dans les relations sociales et la négation de toute médiation et de tout droit tutélaire de sa part, il y a un vaste champ où l’État peut marcher. Deux abîmes bordent la route que l’État doit suivre ; il doit mar­cher entre ces deux abîmes : inter utrumque tene.


Photo : le jardin d'Antonia.

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