La beauté est-elle de droite ?


Nous, on fait toujours la cueillette des olives le 11 novembre. L’huile sera plus verte et plus ardente. Cette année, ça fait un joli pont de quatre jours. On est passé au peigne électrique. C’est comme l’artillerie, il y a le canonnier et les servants qui traînent les filets et les vident dans les sacs au fur et à mesure. Bonjour les reins en fin de journée...

On cause aussi et, avec Béatrice, on a parlé d’Illusions perdues, le film. Vous l’avez vu ? J’ai trouvé très bon. Un beau travail ! Y a juste une chose qui m’a laissé une mauvaise impression, c’est que toutes les filles sont assez moches, les actrices et les prostituées. Béatrice a protesté : ce ne sont pas des beautés, peut-être, mais, elles peuvent être touchantes quand même, comme Coralie. Et puis, qu’est-ce que c’est que cette tyrannie de la beauté ? Est-ce que toutes les femmes n’ont pas le droit d’être aimées quel que soit leur tour de taille. Elle a même dit que je me comportais en consommateur. Je sentais bien qu’elle avait raison et j’ai senti que j’étais un peu dépassé. Je suis fan de la beauté féminine et autre, d'ailleurs, très addict, mais c’est plus que démodé, la beauté, c’est même politiquement incorrect. Le temps est bien révolu où les magazines photographiques étalaient des corps de rêve sous toutes les coutures. Pas un seul nu féminin aux rencontres cinématographiques d’Arles. L’art contemporain a fait définitivement le choix du trash. La beauté, c'est bon pour la pub de luxe, qui est de droite évidemment.

Rousseau, dans son Deuxième discours affirme que pour l’homme primitif tracassé par sa libido, toute femelle était bonne et que ce n’est que dans l’état de civilisation qu’on s’est mis à faire des comparaisons et que chaque garçon a voulu séduire les filles plus les belles pour des raisons d’amour-propre. Eh bien, maintenant, on revient à l’état de nature : il faut accepter les filles comme elles sont et arrêter ce concours de beauté permanent auquel les femmes se livrent pour plaire aux hommes. J’approuve politiquement ce discours, mais ma libido ne pourra jamais s’y conformer. On me dira qu’un honnête homme, ça s’empêche. On est bien d’accord. Mais le désir, le rêve, le fantasme, l’imagination, l’art, la littérature vont-ils aussi s’empêcher ? Non seulement ce n’est pas possible, mais en plus, on sait où mène la répression des désirs. Qui veut faire l’ange fait la bête. Les prêtres pédophiles en font la démonstration aujourd’hui.

On aboutit à la difficulté d’arbitrer entre l’imagination, libre par nature, et le droit, régulateur par définition.

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