L’humanité comme dans un entonnoir



De retour des États-Unis en 1836, Tocqueville avait compris que la grande passion des temps modernes ne serait plus la foi ni l’honneur, mais l’égalité. Plus raisonnable que Nietzsche, il s’accommoda de la démocratie bien qu’issu d’une famille authentiquement aristocratique mais il voyait très bien par où elle risquait de se corrompre : par l’enfoncement dans la consommation et la prolifération des passions mimétiques. C’est déjà le dernier homme nietzschéen.

Voilà pourquoi nous sommes mal barrés. Les consommateurs, cet horrible mot, rivalisent entre eux et les producteurs font la même chose. La lutte des classes, j’y crois, mais, là, je vois plutôt une collaboration des classes pour ravager la planète. Dans ces conditions, l’humanité me semble happée comme dans un entonnoir, ou comme par le siphon d’une baignoire si vous préférez. Les grandes mutations écologiques, on n’y échappera pas. Ça commencera par des crises migratoires majeures puis la démographie connaîtra une chute vertigineuse. Les survivants vivront autrement, sur une terre modifiée. La science qui aura fait des pas de géant proposera des modes de vie imprévisibles. Une nouvelle humanité sortira par le petit trou de l’entonnoir. Ce sera une mutation anthropologique aussi importante que la révolution néolithique il y a 10 000 ans, qui donna le signal d’un développement exponentiel.

- Si tu es si fataliste, pas besoin de te limiter. Consomme à gogo ! De toute façon, ça ne changera rien.

- Je le sais très bien. Mais si... ! Mais non... ! Ça vous dérange pas, vous, de répandre du plastique dans la nature, de faire vrombir vos moteurs, de remplacer un objet à la moindre éraflure. Moi, ça fait mal à l’os ! J’ai pas envie de devenir un dernier homme nietzschéen, quand même ! Rampant sur le limon, querellant mes voisins, pusillanime, gorgé de pub et d'imbécillité. Question de dignité, vous trouvez-pas ?


Photo : extraite de ma collection particulière.

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