Je m’débrouille toute seule (Houellebecq dépassé)




Hier, en voiture, je mets le poste et j’entends une fille, avec ce phrasé devenu ordinaire dans sa génération, dire qu’elle ne voyait plus du tout l’intérêt d’aller dans des soirées et de ramasser un mec pour baiser sans lendemain avec un plaisir problématique. Le plaisir narcissique de la séduction, non merci, c’est un jeu de dupe. Elle préfère se débrouiller toute seule ou sortir avec ses copines.

Cette fille ne m’avait pas l’air d’être une militante féministe mais plutôt de refléter un état des mœurs qui se banalise : le machisme ne fait plus recette. Les filles qui minaudent et les garçons qui jouent aux durs, c’est fini. On entre dans une configuration nouvelle qui devance même le prophétisme houellebecquien. Houellebecq décrivait en effet une société atomisée, sans religion ni familles, dans laquelle les garçons n’auraient guère que la ressource de la masturbation pour essayer de tromper leur angoisse. Et les filles pareil, avec la honte en prime. Ainsi, à l’en croire, les soixante-huitardes sur le retour ne rêveraient plus que de se faire baiser par un macho et, en attendant, s’adonnent "à la masturbation et à la honte".

Si la tendance que je pointe existe vraiment, les filles ne consentiront même plus à un plan cul. J’ai été stupéfait la première fois que j’ai vu Sara Giraudeau au regard si pur décliner gentiment la proposition d'un plan cul dans Le Bureau des légendes comme s’il s’agissait d’une espèce zoologique ou botanique honorablement connue dans la région. Si Madame de Mortsauf entendait ça ! Si Madame de Rênal entendait ça ! Si Madame Arnoux entendait ça ! Maintenant, elles diraient sans doute : je m’débrouille toute seule.

Après tout, pourquoi pas ? Mais comment on gère la filiation dans tout ça ?


Photo : Egon Schiele.

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