Il faut vivre au présent !



Hier, après avoir fait nos emplettes sur le marché de Forcalquier, Michèle a voulu faire un pèlerinage au cabanon de sa grand-mère à Gréoux-les-Bains. Tout est modernisé, méconnaissable. Après, on a tourné autour du château des Templiers. J'ai voulu savoir avec qui elle jouait à l'époque et si le donjon était le lieu de certaines polissonneries, mais je n'ai rien pu lui arracher malgré les lettres de noblesse proustiennes de ma demande. Là aussi, tout avait changé. Des restaurateurs vertueux avaient remonté des pans de mur écroulés, avaient déblayé des monceaux de pierre du XII° siècle et restauré dans les formes plusieurs linteaux ruinés.

Vous vous souvenez que je vous ai déjà entretenu, mon lecteur de bonne mémoire, d'un long poème où Hugo montre qu'une seconde vie commence quand une statue ou un monument trop neufs sortent des mains du sculpteur ou du maçon. Les injures du temps prennent le relais et les dégradations de toute sorte donnent progressivement un nouveau caractère au monument, ou tout simplement du caractère. Hugo écrivait cela en 1836, quand l'Arc de triomphe entrepris par Napoléon Ier venait juste d'être achevé, c'est-à-dire avant Prosper Mérimée et Viollet-le-Duc.

Il n'avait pas prévu la Phase Trois, quand l'antique donjon des Templiers serait bien nettoyé, retapé et sécurisé, bref, dépourvu du mystère qui convient à tout baiser volé, comme dit François Truffaut. (Entre parenthèses, le dénouement est pas mal, quand Delphine Seyrig accorde une nuit mais une seule ! à son trop jeune amant.) En Phase Trois, on voit des papis en survêt violet secouer la tête, téléphone portable sur l'oreille, en déambulant sur la margelle de la piscine qui a été creusée dans la cour de la ferme en pierre, impitoyablement restaurée, où ont vécu, travaillé, souffert, chanté et prié des générations de paysans.

Que conclure ? Je vais vous laisser vous débrouiller, mon lecteur, non sans vous avoir mis dans les jambe, une citation de Houellebecq sur laquelle je suis tombé tout à l'heure. Vous me direz si vous voyez le rapport entre tout cela. La voici :


Les bagarres étaient parfois violentes entre élèves, les relations d’humiliation violentes et cruelles, et Jed, délicat et fluet, aurait été bien hors d’état de se défendre. Il n’avait pas d’ami proche, et ne recherchait pas l’amitié d’autrui. Il passait par contre des après-midis entières dans la bibliothèque, et à l’âge de dix-huit ans, il avait une connaissance étendue du patrimoine littéraire de l’humanité.




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