Houellebecq n’a pas enterré la hache de guerre


J’ai fini anéantir. Ça se dévore car il y a des inventions et des surprises à chaque page sauf quand Houellebecq se met à faire son petit Houellebecq. Je vois trois strates : un complot terroriste satanique à échelle mondiale, un complot politique visant à placer un homme de paille sur le fauteuil présidentiel, et plusieurs drames de famille à une échelle qu’on appellerait micro si elle n’était sociologiquement significative. J’avoue que les deux complots m’ont médiocrement intéressé et je n’ai pas compris pourquoi l’auteur se donne tant de mal sur ces sujets, d’autant que je n'ai pas bien vu in fine comment les trois strates se combinent et pour dire quoi, sauf que tout va mal.

Le plus intéressant, ce sont les drames de la famille de Paul, un AVC pour le père, un cancer de la mâchoire pour le fils + le suicide d’un l’autre fils. Devant la plus grande misère possible, certaines femmes sont admirables et apportent un démenti cinglant à ceux qui prétendent que MH est misogyne.

En dépit de quelques incartades et embardées, le récit est assez classique, dépourvu d’invectives et de caricatures accusées mais MH n’a pas pour autant enterré la hache de guerre sur son sujet de toujours, la déliaison sociale dans le monde moderne.

La polémique avec le féminisme ne s’est adoucie qu’en apparence. La technique du romancier consiste juste à faire des portraits de femmes qui ont conservé les vertus ancestrales de leur sexe. Madeleine n’a fait que des ménages dans sa pauvre vie, mais, devenue la compagne du père, elle se consacrera désormais à faire la toilette d’un grabataire et à croiser ses doigts dans les siens. Cécile, sœur de Paul, ne sait rien faire en dehors de son ménage, au singulier, cette fois. Catholique convaincue, elle n’a pas fait d’études comme son énarque de frère, mais elle sait parler à un mourant, à la femme d’un suicidé, rétablir l’humanité dans une demeure dévastée et, tout bêtement, faire la cuisine… Maryse, l’infirmière béninoise, retourne dans son pays, le cœur brisé, scandalisée par le sort réservé aux vieux dans les EHPADS français.

Le cas de Prudence est plus complexe. Énarque, devenue végane et asexuelle peu après son mariage, elle communique surtout avec son mari par une vision commune de la taxation des plus-values. Elle est cependant habitée par une sorte de nostalgie. On la voit serrer un bébé dans ses bras et, après huit années de chambres à part, se glisser dans le lit de son mari et reprendre progressivement une activité sexuelle qui trouvera son apothéose et, même, même, même…, entreprendre et réussir des œufs en meurette. Elle lui évitera de mourir seul. Pas comme sa belle-sœur, journaliste ratée, qui voit tout sous l’angle de l’argent et laisse son fils dans un simili-coma, toujours avec ses jeux vidéos.

Question : les femmes finiront-elles, ces exceptions mises à part, par devenir aussi mauvaises que les hommes ?


Photo : colloque d'Edimbourg, 29 octobre 2005.

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