Façons de parler (5)



- C’est pour la cuisine ? (la commerçante ajaccienne à qui j’ai acheté le beau couteau à manche de corne noire que Michèle ne veut pas que je laisse traîner sur mon bureau).


- Combien (d’invalidité), docteur ? (un pied dans une bassine, l’homme qui a reçu une caisse sur les orteils, aux urgences de Bastia où j'attendais moi-même un clou rouillé enfoncé dans le talon pour avoir sauté sur une planche pourrie dans une bergerie de montagne).


- Ils disent que c’est pour le chien... (le quincailler devant lequel je m’étonne qu’on vendre encore des martinets à notre époque).


- Non content d'être laide comme les 7 péchés capitaux, elle dit à table « Ça gêne si je reprends du râpé ? » (notre excellente amie de Saint-Mandrier).


- Y a pas de souci à se faire, c’est comme quand on superpose des chaussettes percées des mites : les trous ne coïncident jamais. (notre vieil ami François Fillo à Ajaccio à propos des personnes qu’on n'a pas trop envie de rencontrer en certains endroits).


- Nous, à Paris, on veut pas y aller ! Même qu’on nous le mettrait à une heure, on n’irait pas ! (la poissonnière du Vieux-Port interrogée à l’inauguration du TGV).


- Ben quoi, on n’est pas dans Ben Hur ici ! (d’une voix traînante, à Remiremont, un scout des années 1930 qui n’arrêtait pas de tripoter son chapelet en réunion et à qui son chef enjoignit : Mets ça là !)


- Dis-toi que tout ce que tu penses, je l’ai pensé avant. (Richard des puces à son associé).


- J’étais victime, comme aurait dit Saint Loup, de procrastination. (Proust, qui fait peut-être de longues phrases avec beaucoup d’hypotaxes, mais sans jamais un mot savant).

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