Construction et déconstruction



Je reviens sur mes histoires de clochers parce que c'est vraiment important. Vous avez compris, mon lecteur plein de réflexion, que c'est la question des appartenances qui est posée : appartenances territoriales, familiales, religieuses, professionnelles, ce sont les principales.

Que fait la pensée critique ? Elle critique. C'est le rôle des intellectuels de critiquer au lieu de tout gober comme si ça allait de soi. Avant, on parlait beaucoup d'aliénation, maintenant, on parle plutôt de domination et de déconstruction. Luther a été le premier déconstructeur moderne, suivi par Descartes, puis Voltaire, puis tous les révolutionnaires du XIX° siècle, puis les léninistes suivis par les structuralistes. Aujourd'hui, la pensée française comporte beaucoup plus de déconstructeurs que de constructeurs et il y a de plus en plus de courants d'air glacés. Il suffit d'aller faire un petit tour dans une autre époque ou d'une autre culture pour s'apercevoir de la différence de température.

En 1840, Pierre Leroux distinguait trois formes de castes, c'est-à-dire trois formes de mal : les castes de propriété, les castes de famille et les castes de nation, et il disait : "La famille est un bien, la famille caste est un mal ; la patrie est un bien, la patrie caste est un mal ; la propriété est un bien, la propriété caste est un mal." Qu'est-ce qu'il a oublié ? Il a souligné :

- l'oppression des enfants, des femmes et des homos dans les familles.

- l'oppression des esclaves, des prolétaires, des damnés de la terre, les fellahs, les coolies, les peones, les moujiks, les cafoni, par les propriétaires capitalistes, bourgeois, financiers dans les ateliers, fabriques, usines, domaines, latifundia, trusts, multinationales.

- les nationalismes, fascismes, racismes, colonialismes, impérialismes, dont la nation peut-être le prétexte.

Alors, bien sûr, déconstruisons, désossons, purgeons à fond ! Jusqu'au ground zero.

En réalité, tout cela, nous le savons très bien et même nous le faisons tous les jours, au moins en parole.

Mais supposons que nous réussissions cette grande purge, cette grande éradication de toutes les castes qui exploitent, dominent, étouffent, strangulent, qu'arrivera-t-il si nous n'avons pas songé à tisser de chauds vêtements pour l'hiver de nos épidermes si sensibles ? Il arrivera que nous nous retrouverons... à poil ! Aussi à poil que les porcs-épics de Schopenhauer condamnés à s'entre-piquer ou à se geler. Surtout que la mondialisation néolibérale n'a pas attendu les intellectuels déconstructeurs pour déraciner à tour de bras, déchirer, ravager les villages, les quartiers, les forêts, les religions, les cultures, les us et coutumes, les langages et pour tronçonner, labourer, déplacer, uniformiser, baratter, aplatir, éteindre.


PS : Les socialistes du XIX° siècle répétaient que tout ce qu'on démolissait en terme de lien social, de religion, de communauté, d'association et surtout d'éducation devait être reconstruit et que pour cela, il ne fallait pas commencer par tout tronçonner mais plutôt apprendre l'art de la taille qui consiste à émonder soigneusement les parties mortes ou parasites de l'arbre pour renforcer les branches charpentières et les bonnes pousses.




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