Comment une femme doit s'adresser à son époux


Je vous ai déjà raconté qu’on était allé au marché aux puces de Carpentras l’autre jour, mais je ne vous avais pas dit qu’ensuite, on a dégusté une omette aux truffes Chez Serge, sur les conseils de Tanja et Manfred. Évidemment, vous vous en fichez, mon égoïste lecteur.trice, puisque ce n’est pas vous qui en avez profité. Alors, essayons autre chose.

Sur l’autoroute du retour, j’ai mis la radio. Ça parlait de L’Esclave islandaise, le récit d’une Islandaise qui fut razziée par des Turcs en 1627 et qui passa 10 ans dans un harem avant d’être rachetée par son mari. Non, mon lecteur.trice, ce n’est pas pour flatter votre fantasme d’esclave au harem que je vous raconte ça. Au contraire : voyez comment Guðriður, elle s’appelle comme ça, commence sa lettre à son mari depuis Alger :


Que la bénédiction de Dieu notre père, que la grâce et la rédemption de notre Seigneur Jésus-Christ, la consolation et la lumière du Saint-Esprit soient toujours avec vous et en vous pour les siècles des siècles, mon riche et vertueux maître. Étant votre épouse légitime, je tiens à louer votre nom pour que Dieu vous garde en sa sainte protection chaque jour de votre vie.


On savait écrire en ce temps-là, et, surtout, on savait respecter les autorités supérieures, ce qui nous paraît sidérant dans les temps houellebecquiens que nous vivons. Insupportable patriarcat, pensez-vous. Double patriarcat, même, celui de Dieu le Père, et celui, du seigneur et maître de Guðriður, son époux.

Justement, on parlait beaucoup du patriarcat l’autre jour à France-Cul pour dire que la violence, c’était les hommes. Là, je suis entièrement d’accord. Quand un objet métallique ose percer la peau d’un humain, c’est à 99 % une main masculine qui le pousse et j’en suis tout scandalisé ! On disait que le monde serait meilleur si c’étaient les femmes qui tenaient les manettes.

Je veux bien le croire, ou au moins l’espérer. Seulement, il y a un blème. Le blème, c’est que si la théorie du genre a raison d'affirmer qu’il n’y a qu’une différence anatomique entre les deux sexes, il n’est pas conséquent de parier sur une éternelle douceur féminine qui resterait exempte des crimes masculins en régime matriarcal. Il faut choisir : ou bien les femmes ont une nature propre, bien douce et maternelle, ou bien elle sont aussi cruelles que les hommes dans le fond.


Photo : la couverture du beau livre que Rafi m'a offert pour Noël. Vous savez au moins pourquoi il y a cette tension dans le regard de Judith ? Elle est occupée à égorger Holopherne !

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