Ce capitalisme de malheur !




J’entends de toutes parts maudire le capitalisme, ce capitalisme de malheur, qui nous est tombé dessus il y a quelques siècles et dont il faudrait se débarrasser une bonne fois pour toutes. On peut l’appeler libéralisme économique ou ultra-libéralisme, le qualifier de rentier ou de spéculatif, ce ne sont que des nuances par rapport à ce que je veux dire. Évidemment, il y a des coupables, ces bourgeois pleins de graisse qui font la pluie et le beau temps partout dans le monde. Non, mais pour qui ils se prennent ? La Société du Mont-Pèlerin a déchaîné les loups au début des années 90, des gens comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan se sont attaqués aux systèmes de protection sociale, et voilà ! maintenant, ça ne s’arrête plus. Il faut absolument changer de système !

Mais peut-on changer de système comme on change le pneu de sa voiture quand il est crevé ? On sait bien qu’à chaque prise de pouvoir par un groupe de révolutionnaires, j’en ai compté 44 de par le monde depuis un siècle, au bout de quelques mois, les héros qui avaient fait la peau des bourgeois sont devenus pareils et souvent pires.

Jésus disait que le royaume de Dieu n’était pas dans le ciel, mais qu’il était en nous (entos), dans notre cœur, et moi je dis que le capitalisme n’est pas en dehors de nous, mais qu’il est en nous, dans nos rivalités et dans nos désirs d’enrichissement, greed, même si, à ce petit jeu, il est clair qu’il y a des gagnants, des gros gagnants, et des perdants, de gros perdants.

En ce sens, le capitalisme est un retour à la nature. Depuis 100 000 ans, les sociétés de la tradition avaient édifié des tabous et des règles pour limiter les rivalités. Avec la modernité, les verrous sautent.

Conclusion : il faut prendre le capitalisme par les deux oreilles, tenere lupum auribus, disait Térence. Faire payer les GAFA, les spéculateurs de tous poils, imposer des revenus minimum et maximum (programme des convivialistes), régler, limiter l’exploitation des fluides de la vie, eau, air, sang, lait, sperme, sève et, en même temps, pratiquer l’auto-limitation de l'hybris et de la consommation = éducation, psychologie, morale, religion, mobilisation des volontés. La devise de Lacordaire s’applique à notre quotidien autant qu’aux devoirs de l’État : c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit (52ème Conférence de Notre-Dame contre le travail du dimanche).

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