Bruno, vous filez du mauvais coton !



Bruno, vous filez du mauvais coton, me disait Absa, un jour où je regardais d'un peu trop près les jambes des étudiantes. Si ce n’était que ça ! Je crois qu’elle avait plus raison qu’elle ne croyait.

C’est vrai que (comme on dit) je m’impatiente de plus en plus quand les infos recensent pays par pays les mesures qu’on prend ou qu’on ne prend pas contre ce covid de malheur, ou comptabilisent profession par profession le nombre de mains-aux-fesses qui sont à déplorer dans notre pays. L’info, c’est comme le poisson, c’est ce qui se corrompt le plus vite. Alors, autant se contenter des statistiques de l’INSEE une fois par an ! Après, il y a, chaque matin ces interviews interminables de Guillaume Erner sur France Culture. Les questions durent aussi longtemps que les réponses et on aurait pu nous dire en deux phrases ce qu’on nous distille en 10 minutes, par exemple que le prix du lait augmente parce que les éleveurs vieillissent et ne sont pas remplacés en raison d’une politique agricole compliquée, et aussi qu’on a encouragé le lait bio qui ne trouve pas assez d’acheteurs.

Pareil pour les films. Une fois sur deux, je m’endors dessus. Je ne suis quand même pas arrivé à l’âge où je suis arrivé pour me passionner une millième fois pour les mêmes poursuites, les mêmes combats à l’arme lourde dans des rues désertes ou des appartements dévastés, les mêmes cassages de gueule. Je n’ai qu’à regarder les films de ciné-club conseillés par Télérama, me direz-vous. Mais c’est pareil dans l’autre sens. Je n’ai pas besoin non plus de génériques de cinq minutes, ni de mises en ambiance d’un quart d’heure avant que ça démarre. Je les connais par cœur, vos pauvres ambiances ! Pourquoi faut-il que dure 140 minutes ce qu’on aurait pu dire en 35 minutes ?

Le pire, c’est que c’est pareil pour les romans. J’ai besoin qu’il se passe quelque chose à chaque paragraphe, à chaque phrase, je veux dire dans l’écriture, le pixel, de l'esprit à tous les sens du terme, pas qu'on me promène par le bout du nez comme un enfant. J’ai besoin de recevoir un coup de poing dans l’estomac toutes les cinq minutes, pas vous ? Sinon, c’est pas la peine. Je comprends de plus en plus Valéry et sa marquise qui sortit à 5 heures : qu’est-ce qu’on en a à faire, nous autres, que la marquise soit sortie à cinq heures ou à six heures !

Je ne lis pas pour passer le temps. D’ailleurs, si ça ne procure pas des sensations intenses, ça le ralentit mortellement, le temps. Et je ne parle pas des livres de sociologie ni des thèses bourrées de citations et de références. Sur la foi du Monde, j’ai acheté le Philippe Descola sur l’art. Au bout de 50 pages, j’ai effacé mes traits de crayon et j’ai couru le revendre chez Gibert.

Et vous, quel coton filez-vous, mon cher lecteur.trice ? De quel bois vous chauffez-vous ?


Photo : fait par Antonia, le 23/11/20.

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