Magister dixit !


J’ai passé ma vie à enseigner et à défendre la culture classique, particulièrement les littératures grecque, latine et française. Mais cela a-t-il vraiment de l'importance ? Nous savons depuis Socrate que l'amélioration personnelle est l'essentiel de la tâche éducative. Les plus grands esprits de notre culture n'ont cessé de répéter la même chose : Jésus, Rabelais, Montaigne, Rousseau. Tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine.

Il m'arrive assez souvent, comme tout le monde, je suppose, de rencontrer des garçons de 30 ans, blacks, blancs, beurs, compétents dans leur métier, l'informatique, le stylisme ou le fonctionnement des piscines. Ces garçons sont costaux, francs, cordiaux, sans détour. Que du plaisir d'avoir affaire à eux. Ils ont trouvé leur place dans notre société et donnent l'exemple de rapports humains amicaux et agréables. Je ne sais pas si je me fais des illusions, mais il me semble qu'il y en a plein dans notre pays, de semblables jeunes gens.

Par contre (il paraît qu'il ne faut pas dire comme ça parce que ce n'est pas bien), par contre, donc, je me garde bien de mettre la conversation avec eux sur Socrate, sur Jésus, sur Montaigne ou sur Rousseau. Là mes jolis portraits risqueraient de tomber en lambeaux... Connaissent-ils seulement ces noms ? Mais qu'importe ! Encore une fois ce qui compte, c'est bien ce qu'on fait et non ce qu'on sait et encore moins ce qu'on dit. Socrate, Jésus, Montaigne et Rousseau ont enseigné la justice et la fraternité sans exclusive entre les hommes plutôt que la domination et l'égoïsme. Ce qui importe, c'est que leurs principes aient fini par infuser dans la société au point que ces jeunes gens les mettent en pratique, par une sorte d'automatisme héréditaire, même s'ils ignorent leur origine. En ce cas, il est indifférent qu’ils n’aient pas pâli sur les textes ni fait de belles dissertations. Le principe d’économie recommande même qu’ils se consacrent à des tâches plus utiles.

Pas besoin d’avoir lu La Princesse de Clèves pour faire un bon commerçant, disait le bon Sarko, pourvu qu’il applique bel et bien les règles de la bonne morale. C’est pas d’avoir consacré leur vie aux grands textes qui rend les intellos meilleurs que les autres, tout le monde le sait bien ! Ça en a aigri plus d’un d’être resté à l’écart de la vraie vie.

J’irai même plus loin : peut-être que Socrate, Jésus, Montaigne et Rousseau n’ont rien inventé et qu’ils n’ont fait qu’énoncer ce que les mœurs des hommes comportaient de meilleur quand ils ne se font pas la guerre. Sinon, comment vous expliquez que la morale de Jésus soit exactement la même que celle de Bouddha et de Confucius ? Ne soyez pas jaloux, ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse, partagez ce que vous possédez, secourez les malheureux. En fait, c’est la logique de la vie qui enseigne cela. Marcel Mauss n'a-t-il pas montré que chez tous les peuples, les hommes les plus intelligents sont ceux qui ont compris qu’il était plus profitable de collaborer plutôt que de rivaliser. Tout ce qu’ont fait Socrate, Jésus, Montaigne et Rousseau, c’est peut-être de dire dans un style remarquable que nous avions à prendre exemple sur les hommes qui collaborent fraternellement plutôt que sur ceux qui sont toujours en train de se disputer.

Et si l’éducation est en effet une affaire nationale capitale, ce n’est pas dans les livres, mais par l’exemple qu’elle se dispense.

J'ai raison ou j'ai pas raison, mon lecteur ? (à suivre)

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