Notre belle langue française


J'aime la langue de Rabelais et de Montaigne, de Pascal, et de Molière, de Voltaire et de Diderot (je laisse le grand Rousseau, un peu trop rhétorique bien qu'il n'ait pas été élève des jésuites), la langue de Giono aussi, parce qu'ils écrivent comme on parle. En ce sens, oui, je suis conservateur de notre belle langue française et soucieux que les générations nouvelles puissent encore lire la prose des anciens.

Je hais donc plusieurs races de néologistes, la race des anglomanes qui disent un open space, la race des technocrates qui ont réussi à imposer le hideux ehpad au lieu d'hospice de vieux, la race des commerciaux avec leur merchandising, et par dessus tout la race des intellectuels, la pire de toutes, la plus snob et la plus hypocrite, dont le langage est fait pour tenir à distance ceux qu'elle devrait élever.

Il existe aussi des mots qu'on se refile comme un virus ou comme un vieux chewing gum (pour changer du sparadrap du capitaine Haddock), les c'est vrai que, les c'est pas évident, les y a pas d'souci qui se sont répandus comme les algues vertes et les posidonies. Les chroniqueurs de France Culture ne peuvent plus s'empêcher de finir leurs phrases par un sauf que qui remplace notre bon vieux mais, et qui détruit ce qu'on vient d'affirmer, sens critique oblige. Les problématiques ont remplacé les problèmes comme notre pauvre adjectif difficile a été phagocyté par l'impropre compliqué, remarquez-le bien, mon lecteur attentif.

Mais attention à ne surtout pas transformer une langue vivante en langue morte. Une langue, c'est comme une femme, il faut la cultiver ! Virginie Despentes a raison de dire que c'est dans la rue, dans les quartiers, chez les voyous, chez les dealers, chez les rappeurs, chez les putes qu'on trouve les plus belles invention verbales. Comme j'aimerais laisser traîner mon micro dans le bus 51 ou sur les marches du lycée Victor Hugo, à Saint Charles, parmi les petites black et les beurettes !

Prenez le triste Sade. Son vocabulaire néoclassique est à mourir d'ennui en matière de sexe, sa spécialité pourtant. Écoutez plutôt Patrick Chamoiseau qui puise dans le génie de la langue créole pour décrire le dernier amour de Marie-Sophie pour un pécheur :

Je ressentis pour Arcadius, un voumvap dans mon cœur. Quand il apparaissait, un plein-chant m’emportait. Je lui offris les contentements du monde, livrée sans mesurage, faisant ce qu’il aimait et que je découvrais en découvrant son corps. Afin de lui ôter les charmes de la drive, je lui ouvris des cantiques dans les graines, je semai la douceur dans chacun de ses pores, je suçai son âme, je léchai sa vie. Ma coucoune se fit chatrou [pieuvre] pour l’aspirer et le tenir. Elle se fit pomme et poire et petite cage dorée, elle se fit poule-et-riz, elle se fit liqueur-sucre à laquelle suçoter, elle se fit tafia à 65 degrés, temple des ivresses fixes, elle se fit madou-blanc à cueillir goutte par goutte d’une langue arrêtée, elle se fit dangereuse comme la fleur-datura qui pétrifie les jambes, elle se fit grande blessure impossible à soigner sans s’y greffer à vie, elle se fit pince-coupante le serrant juste assez pour napper le plaisir, elle se fit chouval-bois qu’il pouvait chevaucher autour d’un point central, elle se fit petit gibier-tombé à lover dans sa main pour s’endormir cent ans, et elle s’écartela pour devenir béante, chemin-grand-vent sans murs ni horizon où il pouvait aller tout en restant en moi. (Texaco)

Ça vous tente, mon lecteur qui n'êtes pas de marbre ?


Photo : buste de femme surpris à "L'île aux brocantes" de L'Isles-sur-la-Sorgue.

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