Pâques après Vendredi Saint ?


Hier, pour pessah, nous avons mangé des herbes amères avec Raffi, en fait du plantin, et les femmes ont préparé du pain azyme. Aujourd'hui, c'est un jour noir pour les chrétiens, mais pas que pour eux. Le monde retient son souffle. On découvre chaque jour de nouveaux effets calamiteux de la crise sanitaire et la pandémie ne s'est encore guère attaquée qu'aux pays riches...

Mais si vous êtes comme moi, mon lecteur, vous vous dites peut-être qu'il fallait secouer le cocotier un bon coup et que c'est justement ce qui est en train de se produire. La radio gémit chaque matin qu'on va perdre je ne sais combien de points de PIB et que la croissance est compromise. Mais voilà des années que nous n'en voulons plus, de cette croissance-là ! Parce que nous savons qu'elle nous conduit droit dans le mur à cause des énergies carbonées et des pesticides. Et voici que la décroissance que nous n'osions espérer nous est servie sur un plateau...

C'est le paradoxe actuel : plus l'humanité souffre, moins elle envisagera un retour à la normale. Cette expression de retour à la normale est de plus en plus choquante parce que nous comprenons que la soit-disant normale est en réalité complètement anormale. Tant qu'on prenait le virus pour une simple grippette, la leçon d'Eschyle dans Agamemnon (vers 176) était inaudible : to patei mathos, comprendre par la souffrance. On en deviendrait presque cynique ou masochiste, on en viendrait presque à souhaiter que la crise actuelle fasse la preuve par neuf, je veux dire par une pagaille généralisée, que la mondialisation néo-libérale ne peut plus durer, qu'il faut relocaliser, subventionner une agriculture écologique, renoncer à la consommation effrénée d'objets inutiles ou nuisibles, décarboner l'énergie, limiter les gros déplacements, promouvoir la notion de communs concernant les grands fluides de la vie, la lumière, l'eau, l'air, le sang, la sève.

Ce n'est que si la leçon est comprise en profondeur que Pâques sera vraiment Pâques, une renaissance.


Image : Jérôme Bosch : Le Portement de croix, Musée des beaux-arts de Gand.

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