Une continuité, deux hérésies


Le socialisme est-il le prolongement du christianisme à l'époque moderne ? Il me semble bien que oui. Je sais bien qu'une pareille affirmation va provoquer beaucoup de scepticisme et même d'hostilité de votre part, mon lecteur plein d'esprit critique. Examinons quand même l'espace de cette petite page.

Dans la cité antique, Jésus a institué un banquet fraternel auquel sont conviés même les esclaves, même les femmes, même les enfants et même les étrangers. Il a montré la nocivité de l'égoïsme, de la jalousie, de la rivalité. Il a dit que Nul ne pouvait servir deux maîtres, Dieu et Mammon, c'est-à-dire le Capital.

Il me semble qu'on n'est pas très loin de la réponse que les républicains les plus avancés ont faite à partir de 1830 contre l'individualisme et l'affairisme qui se répandaient à toute vitesse. Pierre Leroux par exemple et surtout, a proclamé à l'ordre du jour la grande question du prolétariat, a assuré qu'"Ève était l'égale d'Adam" et qu'il n'y avait pas de différence entre la race de Cham et la race de Japhet. En un mot la fraternité constitue le programme commun du christianisme et du socialisme tel qu'il sortit de la devise républicaine en 1834.

Je vois immédiatement trois objections :

Première objection : y a pas besoin d'aller chercher le christianisme. Il y a toujours eu des gens comme Bouddha, comme Socrate ou comme Ghandi qui ont enseigné la fraternité et la non-violence. C'est parfaitement exact et Jésus lui-même fut certainement le disciple des sages de l'Inde. Il n'empêche que dans notre culture, c'est l'Évangile qui a, pendant des siècles, pris la défense des pauvres, des vieux, des simplets et des handicapés contre l'esprit de domination et le système des castes.

Deuxième objection : l'Église catholique a trop souvent donné un exemple inverse. Elle s'est alliée avec les classes dominantes, la noblesse avant la Révolution, la bourgeoisie après. Elle a écarté les femmes. Elle fut, de plus, largement antisémite et anti-dreyfusarde. C'est parfaitement exact et c'est pourquoi elle mérite d'être qualifiée d'hérétique, en gros jusqu'au Concile de Vatican II. Par contre, il y eut des poussées d'hérésie tout au long du Moyen Âge dont l'idée était de revenir à l'esprit de l'Évangile. Ces soit-disant hérésies constituaient en réalité la véritable orthodoxie.

Troisième objection : le socialisme a provoqué les plus grandes catastrophes du XX° siècle sous le nom de marxisme-léninisme. Ne venez plus nous parler de cette vieille lune ! Entièrement d'accord là encore et déclarons le marxisme-léninisme hérétique, lui aussi !

Mais alors, direz-vous, nous sommes à poil si vous nous retirez nos plus grandes illusions religieuses et politiques en disant qu'elles ne sont que des hérésies ! Sur quoi allons-nous nous appuyer pour résister à la mondialisation, au coronavirus, à l'égoïsme, aux rivalités, etc. Qu'allons-nous enseigner à nos enfants ? Que chacun n'a qu'à se débrouiller... ? Que l'individu est bien assez digne de confiance pour se passer de modèles à imiter et de tradition à respecter ?

La situation est tout autre : nous sommes riches d'un immense patrimoine moral et culturel. Encore une fois, c'est du socialisme républicain que je vous parle, moi, qui respectait la liberté, la démocratie, la Constitution et même l'Évangile, justement. Je vous renvoie à bon nombre de mes billets qui montrent que ce que nous avons de meilleur, ce sont les racines du christianisme et les racines du socialisme. Encore faut-il les retrouver et les cultiver.

Vous voyez autre chose ?


Photo : vue d'Ansouis.






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