Méditation sur la racine

February 20, 2020

 

Pour planter deux abricotiers et un plaqueminier, j'ai demandé à Laurent  d'arracher deux cornouillers avec sa mini-pelle. J'avoue qu'en arbres,  je suis un peu raciste. Un arbre ne vaut pas un arbre, c'est mon opinion. Je n'aime pas les cornouillers ! Ils sont moches ; ils sont pleins de piquants et ils se répandent à toute vitesse. Moins on en a, des cornouillers, mieux on se porte !

Ils ont le droit de vivre eux aussi, dirait Sandra ! J'avoue qu'en réalité, je suis divisé. Quand j'ai vu apparaitre la chair si tendre de ces racines rougies dans le soleil du soir (photo), j'ai eu la même sensation de désordre que devant une carcasse à l'étal du boucher, que devant l'exhibition d'une momie sous le nez des curieux, ou que devant le corps de Polynice offert au rayonnement solaire et aux oiseaux par Créon. La place d'une racine, c'est sous la terre. Écoutez Hugo dans Les Feuilles d'automne :

 

          Vois, mon fils ! cette terre, immobile à tes yeux,

          Plus que l’air, plus que l’onde et la flamme, est émue,

          Car le germe de tout dans son ventre remue.

          Dans son flanc ténébreux, nuit et jour, en rampant,

          Elle sent se plonger la racine […].

          Toujours l’intérieur de la terre travaille.

          Son flanc universel incessamment tressaille. [...]

          Dans son sein, que n’épuise aucun enfantement,

          Les futures moissons tremblent confusément !

 

Attention, mon lecteur, je vais maintenant prendre le mot racine en un sens métaphorique, ou plutôt, c'est Péguy qui va le faire. Il était dès avant l'affaire Dreyfus le premier à critiquer les péchés de l'Église catholique, mais en 1904, il s'est dit « excédé » par la loi du talion qu'on appliquait à cette pécheresse et de voir les modernes traiter en étrangère « une religion aussi vieille, aussi indigène, aussi terrienne, aussi enracinée »

 

Les tours de Notre-Dame et le clocher de mon pays, je les connais, tant d’admirables cathédrales françaises, tant de simples admirables églises paroissiales, tant de châteaux et de villages semés tout au long de la route, car ils ne sont pas moins que les cailloux blancs du Petit Poucet. Ils servent à reconnaître notre chemin quand nous retournons dans la maison de notre père.

 

Proust aussi voyait dans les cathédrales non seulement le génie même du Moyen Âge, mais « probablement la plus haute et indiscutablement la plus originale expression du génie de la France ».  Et s'écriait devant Saint-André-des Champs : « Que cette église était française !" Et  puis :

 

En suivant une route française c’est presque à chaque pas, entre les champs de sainfoin et les clos de pommiers que vous apercevez un clocher s’élevant au-dessus des maisons.

 

 

 

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