Aimer les bêtes pour aimer les hommes


Un jour un prof se désespérait qu’à la descente du car, ses élèves soient captivés par un groupe de chameaux : « Laissez les animaux ! Élevez-vous au niveau de l’homme", leur disait-il avec son accent libanais car nous étions au pied du grand temple de Balbec, ce fief chiite.

Comme ce prof avait tort et comme la passion des enfants pour les animaux mérite d’attention ! Une phrase de Claude Lévi-Strauss suggère que le racisme a sa racine dans le mépris des animaux :


L’Occident a cru qu’on pouvait tricher avec l’évidence que l’homme est un être vivant et souffrant pareil à tous les êtres avant de se distinguer d’eux ; en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’animalité de l’humanité, l’homme ouvrait un cycle maudit et la même frontière constamment reculée a servi à écarter les hommes d’autres hommes.


En somme, si les animaux font partie de la famille, à plus forte raison, tous les peuples de l'univers...

Proudhon, le père de l'anarchisme, fut bouvier pendant cinq ans, se proclamait païen et se plaisait à rappeler que le mot païen signifie paysan, ce qui nous renvoie à un panthéisme rural que le christianisme a écrasé. Tout avait pourtant si bien commencé... ! Écoutons cette pensée d'un personnage de Giono :


Tu connais la belle histoire du petit enfant qui a été reçu dans la paille. C’est une vierge qui l’avait fait : les bêtes sont des vierges ; elles ne salissent pas les gestes qui font la vie. Elles font la vie simplement. La crèche, la paille, le bœuf, l’âne, la vierge, cette naissance, c’est parmi les hommes la naissance d’une bête saine. Voilà pourquoi les hommes ont crucifié l’enfant. (Le Serpent d’étoiles)


Une telle pensée a inspiré les franciscains mais les théologiens sont indignés par cette réconciliation de Jésus et de Pan. Jung, chrétien et maître de psychanalyse, s’indignait plus justement des névroses auxquelles « le mépris de la nature animale conduit les chrétiens dont le Seigneur est né sur la paille d’une étable parmi les animaux. »

Au moment de la crise écologique, cela est cent fois plus vrai encore qu’au temps où Giono écrivait.


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