La vie, cette fameuse vie...

Je ne sais si j'arriverai au bout des 3000 pages des Hommes de bonne volonté de Jules Romain, mais à la page 186, je tombe sur cette phrase :


Pour avoir la force de continuer à vivre, il faut tenir à quelque chose hors de soi. Quel étrange mystère, la vie, cette fameuse vie, que les gens estiment si précieuse, supérieure à tout, incommensurable avec les autres biens, ne possède pas en elle-même de quoi nous attacher.


Il me semble que c'est vrai. Il nous faut quelque chose en dehors de notre moi qu'on pourrait appeler le sens. Les désespérés, ou simplement les déprimés, ce sont ceux qui ont perdu le sens, un sens à leur vie.

Aurais-je oublié cela en soutenant, comme je l'ai si souvent fait, que l'homme avait trois besoins vitaux à satisfaire, le besoin matériel, le besoin sexuel et le besoin de reconnaissance, vu que nous possédons tous un estomac, un sexe et un amour-propre. Notre survie en dépend. Aurais-je oublié le sens ? J'en ai eu des sueurs froides. De m'être cru un grand anthropologue qui a résumé l'être même de l'homme en une belle formule triangulaire, avec le petit côté réaliste d'évoquer l'estomac et le sexe, ces crudités, et d'avoir oublié l'essentiel, le sens !

Et puis, non... Je ne suis quand même pas si bête ! Après un moment de panique, je me suis ressouvenu que l'amour-propre était ambivalent. D'un côté, c'est vrai, c'est moi, moi, moi, le désir de paraître, de séduire, etc, la vanité comme disaient les vieux moralistes. Mais d'un autre côté, c'est le désir bien légitime d'avoir des amis avec qui on échange de la reconnaissance, c'est ma définition de l'amitié. Il y a ces mots de Giono dans Jean le Bleu : "Combien d'hommes ont le cœur mal complété ! Il leur manque une part de nous-mêmes, les autres."

En soulignant l'importance de l'amour-propre, je savais très bien, et je l'ai dit 100 fois, et je le répète maintenant, que l'on ne pouvait demander à qui que ce soit de se sacrifier pour les autres, ça ne marcherait pas, c'est l'erreur du christianisme et du communisme. On n'a jamais vu une société chrétienne ni une société communiste qui fonctionne. Mais on pouvait très bien comprendre et faire comprendre que le meilleur calcul de satisfaction que nous puissions faire, c'est d'établir des relations cordiales avec nos proches. Ainsi fonctionnent les vies les plus réussies. L'altruisme et l'égoïsme cessent de s'opposer, le sens est trouvé de la part de l'individu à travers sa famille, son métier, sa patrie, l'humanité...

Loin de faire l'impasse sur le sens, la meilleure gestion de l'amour-propre ne parle que de ça sous la forme d'un égoïsme conséquent qui sait intégrer autrui dans son calcul de satisfaction.


Photo : le jardinier s'occupe de ses arbres.


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