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Socrate ou Jésus, faut-il choisir ?

February 5, 2020

 

Notre culture est restée aussi schizophrénique qu'au temps où Néron martyrisait  les  chrétiens ! Les chrétiens ne supportaient pas la cohabitation avec les dieux antiques et les païens leur inventaient  toujours de nouveaux  supplices. Quelle époque !

Les supplices nous sont épargnés mais nous en sommes restés aux chiens de faïence. Si vous êtes païens, je veux dire modernes, Jésus  n'est rien pour vous, mon cher lecteur, et si vous entrez dans les églises, jamais au grand jamais, on n'y fait allusion à Socrate. Athènes et Jérusalem continuent à s'ignorer royalement 2000 ans après  les persécutions.

Bien sûr, ça nous a tous effleurés que Socrate et Jésus sont peut-être des justes et qu'ils ont été mis à mort par les autorités, mais ça ne va pas plus loin.

D'abord, Socrate et Jésus ont laissé des loguia, des paroles simples et imagées, pleines d'anecdotes populaires, pas des thèses, des traités ou des théories. Ces paroles sont le plus souvent des dialogues qui nous permettent, à nous aussi, de nous glisser dans la discussion. Ils dialoguent avec tout le monde, avec l'homme de la rue, les artisans, les esclaves, les ingénieurs, les prostituées, les soldats pour les faire accoucher d'une vérité et les guérir, on dirait aujourd'hui pour les psychanalyser.

Dans un monde dominé par les méchants, Socrate a dit qu'il valait mieux subir une injustice que la commettre, et Jésus a dit heureux les pauvres et que les premiers seront les derniers. Et ce n'est pas des mots puisqu'ils ont consenti à mourir pour leurs idées alors que leurs  amis  leur proposaient une évasion.  C'est dans le fond l'origine du socialisme que nous avons là sous les yeux, cette idée apparemment née vers 1830 en France pour résister à la froideur de la société bourgeoise dominée par l'argent. Dans tous les cas, il s'agit de restaurer le lien et de partager au lieu de dominer et d'exclure.

Pour cela, Socrate et Jésus recommandent un retour sur soi, un approfondissement intérieur : connais-toi toi-même, retire la poutre de ton propre  œil, ne fais pas  à autrui ce que tu ne voudrais pas que..., ne sois pas jaloux  de ton frère. Écoute  ton daimon, disait  Socrate, la voix  intérieure de  ta conscience.

Je vois quand même une  différence, c'est que  Socrate dispute souvent avec des sophistes qui sont des opportunistes sans principes alors que  Jésus  dialogue avec les pharisiens qui  sont  des sectaires intransigeants mais  ces  deux  maladies sont complémentaires, l'opportunisme et la raideur qui  font l'une  et l'autre l'économie de la conscience.

Alors Socrate ou Jésus ? Eh bien, non, il ne faut pas choisir ! Il faut prendre les deux. Notre culture n'est pas si mal partie...

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