Une colère de Georges Bernanos


Je tombe sur ce texte de Bernanos écrit pendant la guerre, en 1943. Vous vous souvenez, mon lecteur, que Bernanos a été bouleversé par les atrocités commises par les franquistes. Il s'est converti à la cause du peuple et de la république, au nom de la croix justement que les franquistes prétendaient défendre. Ce n'est donc pas une colère juste en passant que vous allez entendre mais un terrible reproche adressé à l'Église catholique de l'époque pour tous ses péchés. Elle a été complice de l'oppression aristocratique pendant des siècles et l'a payé cher sous la Révolution ! Ça ne lui a pas servi de leçon puisqu'elle a honteusement pactisé avec la bourgeoisie au XIX° siècle ! Bernanos est un hérétique de plus, anticatholique au nom de l'Évangile, comme vous et moi, n'est-ce pas, mon lecteur... ?

Bernanos commence à prendre la défense de Péguy, un autre hérétique révolutionnaire que l'Église a voulu récupérer.


Péguy, cet homme incomparable qui, par sa sincérité totale, sa prodigieuse fraîcheur d’âme a réussi le coup miraculeux d’échapper toute sa vie aux imbéciles, est réduit maintenant à la triste condition d’accessoire pittoresque de la propagande cléricale. Péguy annonçait la renaissance de la conscience ouvrière française dont les animateurs étaient d’humbles prêtres dévorés de charité. Une fois de plus, la croix du Christ a été arrachée aux mains des pauvres pour être replacée solennellement par Mussolini, Franco, Salazar et les autres sur les autels de l’ordre bourgeois.

Péguy a rompu avec l’Église au moment où l’attitude prise par le public clérical et par la presque totalité du clergé dans la question ouvrière et l’affaire Dreyfus avait profondément révolté sa conscience.

Il faut toute la sécheresse de cœur, l’ignorance et la prétention des chefs du parti clérical pour méconnaître que la déchristianisation de la France a eu pour cause principale et presque unique l’énorme malentendu que Pie XI déplorait jadis si amèrement entre l’Église et les masses ouvrières. Tout au long du XIX° siècle, les gens d’Église se sont inutilement compromis avec la société libérale et l’économie libérale dans l’espérance de se concilier la bourgeoisie voltairienne chaque jour plus puissante et plus opulente. L’encyclique Rerum novarum est venue trop tard, beaucoup trop tard, en plein essor du marxisme.

J’ai mon opinion faite depuis longtemps sur l’élite intellectuelle catholique des années qui ont suivi la dernière guerre. Les maîtres de cette élite sont Claudel, Maurras et Bloy. Dès lors, ne serait-il pas convenable de laisser Péguy tranquille en attendant que son heure sonne ? Car son heure sonnera.


Simone Weil, elle, s'est désolidarisée de ses camarades d'extrême-gauche en voyant les atrocités qu'ils commettaient dans la même guerre d'Espagne. La correspondance entre ces deux grands figures reste l'un des sommets de l'engagement au XX° siècle.



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