L'amitié s'apprend-elle ?


Quand je dis l'amitié, je veux dire les meilleurs relations possibles. Je ne dis pas le sacrifice, le dévouement, l'altruisme, ni même l'amour parce que l'amour est un joli mot, mais justement trop beau, à qui on fait dire peut-être plus qu'il ne peut donner vraiment. Le mot amitié est plus modeste et plus réaliste. Il correspond à ce que décrit Marcel Mauss : en échangeant des cadeaux, on arrive à tisser des liens, à s'attacher, à éprouver de la reconnaissance, et l'amitié n'est rien d'autre que cela.

Des cadeaux, ça peut être un regard, une parole, une écoute, une attention, un service, du temps, une caresse. Et puis, bien sûr, tous les objets qu'on voudra. L'important, pour que ça marche, c'est de donner un coup chacun. Si personne ne commence, il ne se passera rien. Si c'est toujours le même qui fait les gestes, il va finir par se décourager.

Le christianisme recommande pourtant un amour inconditionnel. Il dit d'aimer même ses ennemis. Il me semble que c'est trop demander et que ça ne marche pas. Bien sûr, on peut faire un beau geste, un sacrifice une fois ou deux fois au nom de la morale, un coup d'éclat. Mais peut-on bâtir tout un plan de vie sur ces bases, a fortiori toute une société ? On n'a jamais vu ça. Je vous connais, mon lecteur, vous allez, invoquer Mère Teresa et quelques athlètes de la générosité qui sont en réalité de brillantes exceptions.

Je parie donc sur l'amitié plutôt que sur l'amour.

Ici, je complète Mauss par une lecture verticale de la psyché, à la recherche des premières transactions affectives de l'enfant avec ses géniteur et je découvre ce que dans le fond, vous saviez déjà : les enfants qui ont reçu de l'affection seront plus doués pour l'amitié que ceux dont le caractère a été tordu par trop de vexations et qui adopteront davantage une attitude de rivalité. J'en conclus que l'amitié ne s'apprend guère à l'école ou à l'église mais qu'elle s'apprend beaucoup dans les toutes premières transaction de l'existence. Je remets à un très prochain billet la question de savoir s'il faut renoncer à apprendre à un enfant à dire merci et les autres principes de la morale.

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