Deux journées à Arles


Nous ne manquons plus les Journées photographiques d'Arles. En septembre, il n'y a plus trop de monde et nous y allons en train, écologie oblige : 50 minutes depuis Marseille. Et en passant la nuit au Cloître, c'est encore mieux. Le centre de la ville est chaque année plus beau, au profit des seuls bobos, évidemment.

J'ai fait le tri pour vous, mon lecteur casanier, paresseux ou esclave de sa vie de bureau, surtout que cette année était en dessous du médiocre, comparée à l'année dernière... Si vous voulez bien vous fier à mon goût et à mon jugement, vous pouvez en un quart d'heure voir ce que j'ai mis 48 heures à sélectionner. On retrouve presque tout en ligne.

Le jeu est de dénicher la perle rare, comme dans les vide-greniers. Je parcours les expos au pas de course en attente d'une émotion, faisant défiler les milliers de photos, incrédule devant la patience du public qui stationne religieusement devant tant d'images sans intérêt à mes yeux, ou qu'on a déjà vues cent fois... Un déchet énorme. Sur 100 photographes, j'en ai retenu un seul !

Ou plutôt une seule, Helen Levitt qui en 1970 a pris des scènes de rue à New-York, à Lower East Side ou Garment District. Elle surprend des gens du peuple dans le plus grand négligé mais sans jamais de méchanceté (on dit comme ça ?). L'humour va au contraire avec la tendresse. Cherchez en ligne, il y en a plein, il suffit de choisir. C'est à l'Espace van Gogh. J'ai mis trois exemples, l'accroche et ces deux :

Sinon, c'est des vidéos qui m'ont apporté quelque chose. Au Monoprix, juste en sortant de la gare, l'une surprend dans leur langage les dialogues des vendeurs de cigarettes de contrebande au métro La Chapelle à Paris, près de chez Vincent. On apprend sur une autre comment lancer un produit sur le marché. J'ai surtout retenu que le client devait vous considérer comme son ami, mais l'inverse, jamais. Et pour chaque produit, bien calculer ce qui rapportera le plus, du bio et du bien polluant...

Je ne ferai que citer, car elle n'est pas en ligne, la très pathétique vidéo de Persijn Broersen et Margit Lukacs. On suit un promeneur solitaire, comme dirait Rousseau, dans une des plus vieilles forêts du monde, la forêt primaire de Bialowieza en Biélorussie, forêt mythique, magique et angoissante. Avec en contrepoint le mélancolique morceau de jazz Nature boy qui dit :


The greatest thing you'll ever learn

Is just to love and be loved in return.


C'est aux Forges.

Par contre, vous trouverez facilement le petit film de Ramzi Ben Sliman Grand Hôtel Barbès consacré à des danseurs de rue. C'est ce que nous avons préféré, Michèle et moi. Une merveille qui fait monter les larmes aux yeux. Un noir et une blanche font de la breakdance très acrobatique sur le trottoir et c'est déjà formidable, lorsqu'un troisième danseur apparait en la personne de Lorenzo da Silva, un black, qui se met à danser sur la symphonie 25 de Mozart avec en fond sonore les vibrations du métro aérien et les rumeurs du périphérique. Un ange noir ! Ça dure 12 minutes et on voudrait que ça dure une heure. C'est à l'église Saint Blaise. La vidée sado-maso de Littell qu'on voit après n'engendre que de l'ennui auprès. Vous n'aurez pas de peine à dénicher Grand Hôtel Barbès sur le net.

En off, je vous mets pour finir les vers de Paul-Jean Toulet qu'en consultation, après l'ordonnance, Bruno Grillo m'a récités :


Dans Arles, où sont les Aliscans,

Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps

Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton coeur trop lourd ;

Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes.


Joli, non ? À l'année prochaine (si Dieu le veut)...

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