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Quelques secondes de bonheur effroyable

August 19, 2019

 

Quand on regarde un objet, on ne le voit pas bien. On commence à en prendre la mesure en le comparant. Voulez-vous en juger par cet exemple, mon lecteur, une page de Houellebecq à côté d'une page de Stendhal ? Il suffit de savoir lire, le commentaire vient de soi.

Je reviens une fois de plus sur le texte où Houellebecq accuse la mode indécente de la mini-jupe d'avoir détruit sa vie affective.

 

Vers la fin du film, après y avoir pensé pendant plus d'une heure, Bruno posa très doucement la main sur la cuisse de sa voisine. Pendant quelques secondes merveilleuse (cinq, sept, sûrement pas plus de dix), il ne se passa rien. Elle ne bougeait pas. Une immense chaleur envahissait Bruno, il était au bord de l'évanouissement. Puis, sans dire un mot, sans violence, elle écarta sa main. Bien plus tard, très souvent même, en se faisant sucer par telle ou telle petite pute, Bruno devait repenser à ces quelques secondes de bonheur effroyable.

Le chapitre IX du Rouge et le Noir rapporte la soirée sous le grand tilleul où Julien, assis à côté de madame de Rênal a décidé de prendre sa main.

 

La conversation languissait. "Serai-je aussi tremblant et malheureux au premier duel qui me viendra, se dit Julien ? Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l'horloge du château sans qu'il eut encore rien osé. Julien indigné de sa lâcheté se dit : "Au moment précis où dix heures sonneront, j'exécuterai ce que je me suis promis de faire ce soir où je monterai chez moi me brûler la cervelle." [...] Enfin, quand le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main et prit celle de Madame de Rênal qui la retira aussitôt. Julien, sans  trop savoir ce qu'il faisait, la saisit à nouveau. On fit un dernier effort pour la lui enlever mais enfin, cette main lui resta.

Son âme fut inondée de bonheur. [...] Julien ne remarqua pas une circonstance qui l'eût bien rassuré ; madame de Rênal, qui avait été obligée de lui ôter sa main, parce qu'elle se leva pour aider sa cousine à relever un vase de fleurs que le vent venait de renverser à leurs pieds, fut à peine assise de nouveau qu'elle lui rendit sa main presque sans difficulté et comme si c'eût été entre eux une chose convenue.

 

 

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