En apportant la morale de l’Évangile aux Chinois, les Jésuites ne leur apportaient que ce qu’ils ava


Ces mots ont été écrits par Pierre Leroux en 1832 dans sa Revue encyclopédique en introduction à la traduction du Ta‑Hio de Confucius par Guillaume Pauthier, en qui il reconnaît une pensée religieuse et sociale aussi vaste que celle de l’Évangile comme le montre, je le cite :


cette magnifique parole que Jésus‑Christ répéta cinq cents ans plus tard, l’ayant trouvée à son tour par une inspiration première : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez qu’on vous fît ; faites aux autres ce que vous voudriez que les autres vous fissent. Et d’ailleurs, toujours dans le traité que nous publions, il définit une nation : des frères et des sœurs de différents âges, et rappelle, comme principe général de la politique, ce vers du Chi‑King : Faites ce qui est convenable entre frères et sœurs des différents âges.

Nous le demandons, ne semble‑t‑il pas entendre un fragment du Sermon sur la Montagne, ce résumé de l’Évangile et de tout le christianisme ? N’est‑ce pas la même morale, saisie à la même profondeur, et le même style ?

Si vous voulez examiner l’Évangile en laissant de côté tout ce qu’on y a rattaché par la suite, vous verrez que l’Évangile renferme essentiellement une morale, laquelle se réduit, comme celle de Confucius, au grand précepte de la charité, à cette loi de bienveillance universelle et de philanthropie qui devait amener plus tard en Europe le règne de l’égalité.



Je vais continuer cette citation par une autre. J'espère que vous voudrez bien la méditer une minute, cher lecteur chrétien et inchrétien, tant elle est riche et profonde :


Il n’y a que deux voies pour l’humanité : la théorie des révélateurs, ou plutôt d’un révélateur (car les révélateurs s’excluent l’un l’autre), et la théorie de l’humanité considérée comme source de toute certitude. II faut opter. Nous croyons que les travaux du dernier siècle [le XVIII°] ont décidé le problème.

Les révélateurs religieux doivent être réhabilités des injures et des fausses appréciations de la philosophie du XVIII° siècle. Mais ils doivent être ramenés à l’humanité.

Un grand homme paraît : il accomplit péniblement son œuvre à travers mille obstacles, la misère, l’oubli, l’échafaud ou la croix ; dédaigné, persécuté d’abord, admiré ensuite, plus tard on en fait un Dieu ; c’était un libérateur, on en fait un despote ; il vint pour affranchir, et le temps arrive tôt ou tard où il faut s’affranchir de lui ; il voulut pousser l’humanité en avant vers de nouveaux cieux, et, avec le temps, sa loi retarde et arrête l’humanité dans sa marche. Chaque grande fraction de l’humanité s’est ainsi fait ses idoles, et a méconnu ou insulté celles que les autres à leur tour s’étaient faites.

L’esprit humain, dans notre Occident, a été sous le servage d’Aristote, sous le servage d’Homère, et il est encore aujourd’hui sous le servage de Jésus‑Christ.

Combien a‑t‑il fallu de temps pour arracher la science à l’empire absolu d’Aristote ! Après la Renaissance, combien de temps pour soustraire l’art au respect superstitieux des poètes de l’Antiquité !

Or il en sera pour la religion comme pour la science et pour l’art. Les grands hommes, et parmi eux les législateurs religieux, ceux que la faiblesse humaine a séparés de l’humanité, et a appelés Dieux, fils de Dieu, prophètes inspirés de Dieu par des révélations particulières, seront toujours grands, mais ils seront hommes.

À mesure que les figures orientales se dévoileront, celle de Jésus, sans perdre de son doux éclat et de sa rayonnante majesté, deviendra plus humaine. Par la comparaison, nous saisirons mieux sa nature véritable, ses traits d’homme, la physionomie de son âme. Il sera encore un guide pour l’humanité, un jalon placé sur sa route ; mais il ne sera plus, ce qu’on l’a fait, un tyran.

Ainsi le point de vue de l’esprit humain changea quand l’astronomie eut appris aux hommes que ce soleil qu’ils regardaient comme un astre unique n’était pas seul de son espèce, et que ces étoiles dont les premiers hommes, pendant tant de siècles, faisaient son cortège et les signes de sa demeure, étaient aussi des soleils.


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