Le bonheur stendhalien à Cadenet


Mardi, en passant à Cadenet, j'ai raconté à Cyrille l'histoire du tambour d'Arcole qui eut le bras arraché par un boulet et continua à battre tambour avec son bras restant. (1) La statue de ce jeune héros nous amena à parler de la campagne d'Italie et du bonheur stendhalien.

Dans son autobiographie, Stendhal rapporte son enfance à Grenoble, enfance enfermée, opprimée, étouffante, coincée entre son père qu'il détestait, sa tante Séraphine qu'il détestait et le curé Raillane au sourire si abominable. Il finit pas s'échapper et par se retrouver sur un cheval à franchir les Alpes dans l'armée de Napoléon. À partir de là, ce n'est que du bonheur : le combat pour la liberté, l'Italie, Milan, l'opéra, les paysages, les belles Italiennes, ses premières amours.

Quand il repense à cela trente ans plus tard, Stendhal éprouve de tels transports qu'il ne trouve plus ses mots, qu'il en perd son orthographe. Il arrête son récit en plein milieu d'une phrase de peur que ses lecteurs ironiques ne comprennent pas son enthousiasme. Le bonheur ne s'écrit pas... Rousseau y est pourtant parvenu au livre VI des Confessions et Stendhal y parviendra finalement quelques années plus tard dans l'incipit de la Chartreuse de Parme qui reprend à la troisième personne le récit interrompu de la campagne d'Italie. La première phrase claque comme un étendard :


Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi et d'apprendre au monde que César et Alexandre avaient un successeur.


Chateaubriand dit pareillement : "Nous allions l'épée dans une main, les Droits de l'homme dans l'autre." Vous savez comment Stendhal s'y est pris pour exprimer le bonheur de l'Italie délivrée des Autrichiens ? Il a fait une métaphore, la métaphore de La Belle au bois dormant : la Belle, c'est l'Italie endormie depuis cent ans sous le joug autrichien et le prince charmant, c'est Napoléon qui vient la réveiller. Et, en plus, ce n'est pas seulement une métaphore. On fit des bals. Des amours réels survinrent entre les Italiennes et les jeunes soldats français. Fabrice en est la preuve vivante.


La joie folle, la gaité, la volupté, l'oubli de tous les sentiments tristes ou seulement raisonnables furent poussés à un tel point qu'on a pu citer de vieux usuriers et de vieux notaires qui oublièrent d'être moroses et de gagner de l'argent.


Cette épopée fit bouillir le sang de l'italien Giono, grand lecteur de La Chartreuse. Il fit descendre Angelo Pardi des toits de Manosque et lui fit refranchir les Alpes pour aller combattre aux côtés de Garibaldi. C'est Le Bonheur fou.


(1) Mon père m'a raconté ça, mais Wikipédia n'en souffle mot !

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