L'Évangile, racine du socialisme


Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, me semble accorder un crédit de plus en plus grand aux valeurs républicaines françaises. Cela apparaît encore, après son entretien avec Mona Ozouf, dans le beau portrait de Jacques Julliard qu'il a signé vendredi. La page se finit par ces mots de Julliard :


À mes yeux, l'Évangile est la seule force révolutionnaire dans le monde, la seule force de résistance à ce que je déteste le plus, l'utilitarisme, le primat de l'argent. Je ne suis pas pratiquant, mais plus je vis, plus ma seule ligne intellectuelle et morale, c'est l'enseignement de l'Évangile.


Les références de Julliard, ce sont Péguy, Bernanos, Mounier, le personnalisme, Simone Weil, la CFDT, Esprit, la deuxième gauche. Les cathos que j'ai connus appartenaient tous à cette lignée et j'ai toujours admiré leur générosité, leur élan, leur ouverture. Je parlerai dans un autre billet de ma détestation du catholicisme d'avant le Concile de Vatican II. Tenons-nous en pour le moment à la distinction essentielle entre Christianisme et catholicisme. Tant d'intellos anticléricaux font comme si L'Évangile n'existait pas.

L'Évangile est pourtant la source du socialisme. Jusqu'à ce que son voyage en URSS lui ouvre les yeux, Gide apporta son soutien au communisme parce qu'il était chrétien. Mais il y a beaucoup mieux et personne ne le sait.

La pierre angulaire du socialisme, c'est Nouveau christianisme écrit par Saint-Simon en 1825. Le christianisme est la plus belle religion affirme Saint-Simon parce qu'il a pour principe la fraternité entre tous les hommes mais ce fut une erreur fatale d'en situer le point d'application dans un ciel complètement imaginaire alors qu'il n'est qu'un seul monde, la terre. Conclusion :


Toutes les religions prétendues chrétiennes qui se professent aujourd'hui ne sont que des hérésies, c'est-à-dire qu'elles ne tendent pas directement au bien être de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.


Saint-Simon mourut après avoir écrit ces lignes. Le maître mot de ses disciples entre 1825 et 1833 fut l'organisation du travail en faveur du prolétariat. À l'exception du fouriérisme, plus ancien et complètement farfelu, toutes les variantes françaises et allemandes du socialisme sont sorties de là.

Ceux qui le savaient, mes lecteurs, levez le doigt !

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