Tout commence par un don unilatéral


Samedi, non loin des Champs que les Gilets jaunes ravageaient, les Amis de Marcel Mauss et les Amis de René Girard participaient à un grand débat sur la nature profonde du lien social. Moi, je suis ami de tout le monde ! Les girardiens disaient que tout commence par la violence et qu'ensuite, les hommes arrivent, plus ou moins bien d'ailleurs, à instituer des limites et des règles et à échanger des dons et des services plutôt que des mauvais coups. Les maussiens pensent au contraire que le lien pacifique est premier mais que ça dégénère parfois. La poule et l'œuf, quoi...

J'ai quant à moi défendu l'idée que Mauss a laissé la meilleure description de l'amitié et Girard la meilleure description de la violence et qu'il n'y a pas à choisir entre ces deux façons de voir.

Mais qui c'est qui a commencé ? Le donateur ou le prédateur ? J'ai défendu dans mon billet de vendredi l'idée que nous sommes des êtres naturellement égocentriques, et même égoïstes, mais que la vie se charge de nous faire comprendre que nous avons tout intérêt à nous faire des amis et à collaborer généreusement.

La veille de ma conférence, une idée m'est venue et je me suis endormi à 2 heures de la nuit pour la préparer. Je dois avouer qu'elle a eu un certain succès. J'ai donc rappelé que dans la lutte pour la carcasse, tous les statuts sont abolis et que n'importe qui marche sur la tête de n'importe qui pour arracher la dernière côtelette. Il n'en va pas de même entre la mère et l'enfant que sépare une différence de statut infinie, naturelle et universelle : au début, le BB ne fait que demander et recevoir, la mère ne fait que donner et le père préserve l'espace de paix indispensable à ce don. Petit à petit, l'enfant apprendra à sourire et à dire merci et, un jour, c'est lui qui soutiendra ses vieux parents.

Si les choses ne fonctionnaient pas ainsi, je ne serais pas ici à vous écrire, mon cher lecteur, ni vous à me lire. Il n'y aurait donc pas de vie sans ce don unilatéral, ce qui ne veut pas dire qu'il est désintéressé puisque les géniteurs donnent à un être qui est un prolongement d'eux-mêmes. Il n'empêche que l'enfant imitera un jour le don qu'il a reçu et donnera à son tour, et pas qu'à ses parents : il aura appris le don/contre-don. Voilà un invariant de l'espèce humaine même si certains enfants sont plus favorisés que d'autres, ce qui explique qu'il existe parmi nous de bons et de mauvais donneurs. Cela est plutôt encourageant.

Photos : l'une prise au British Museum, l'autre, diptyque de Melun par jean Fouquet (1450).


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