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Pourquoi ils sont tristes, les tropiques ?

December 21, 2018

 

Lévi-Strauss fait parfois des phrases compliquées et cela m'avait découragé de lire Tristes Tropiques qui eut tant de succès en 1955. Je viens de le reprendre et de d'éprouver ce qu'Alfred Métraux appelait la nostalgie du néolithique. Pourquoi ils sont tristes, les tropiques ? Parce que les peuples sans écriture sont en train de disparaître, "pauvre gibier pris au piège de la civilisation mécanique, tendres et impuissantes victimes". Vous connaissez sûrement la prose cadencée de L-S, mon lecteur :

 

Voyages, coffret magique aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Ce que d'abord vous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité. Les récits de voyage apportent l'illusion de ce qui n'existe plus.

 

Lévi-Strauss salue deux écrivains avant lui, d'abord Montaigne, l'auteur de l'essai Sur les Cannibales : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Dans le pays où nous sommes est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toute chose.» « C'était un monde enfant, dit-il des victimes des génocides-ethnocides d'Amérique du sud. « Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples passés au fil de l’épée."

 

Et puis Rousseau, "Rousseau notre maître, Rousseau notre frère". Relisons le Second Discours qui décrit notre état primitif :

 

Cet état est la véritable jeunesse du monde et tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l'individu et en effet vers la décrépitude de l'espèce. Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature.

 

Les photos que j'emprunte à Hans Silvester, Les Habits de nature (éd. de la Martinière) montrent les parures  des Surma et les Mursi de la région du Rift dont  les traditions remontent aux origines de l'humanité. J'ai été désolé d'apprendre que le Kenya organise des tours operator avec permission de photographier pour un euro qui sera converti en alcool et en kalachnikovs...

 

 

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