Trois rumeurs au bord de la Méditerranée


À part deux années d'exil dans les Ardennes, j'ai eu la chance de vivre dans trois villes au bord de la brillante Méditerranée, comme l'appelle Balzac dans Mémoires de deux jeunes mariées. Brillante sans doute, mais trouble aussi par ses rumeurs. Écoutez plutôt, mon lecteur amateur de récits sulfureux.

Mercredi, sur la Canebière, il y avait un rassemblement devant l'immeuble "Muriel", beau XVIII° repeint couleur crevette, d'où la police expulsait des squatters. Muriel était, jadis, un magasin élégant de vêtements féminins, robes de mariées spécialement. En fait de mariage, bien des jeunes vierges (oui !) ne ressortirent jamais de la cabine d'essayage : elles se retrouvèrent dans les bordels de Tanger et d'ailleurs ! C'est du moins la rumeur qui a longtemps couru, et moi-même, je ne passe jamais à cet endroit sans éprouver un sentiment trouble.

Après Marseille, Alexandrie. S'il ne pleut jamais au Caire, il peut se produire de terribles orages d'hiver à Alexandrie. Lawrence Durrell en décrit un au début du Quatuor. Le narrateur a donné une conférence sur Constantin Cavafy à L'Atelier. C'est comme ça qu'il a séduit Justine, par les oreilles, dirait Anne-Marie, qui l'a suivi à la sortie et rejoint dans l'épicerie où il était entré acheter des olives d'Orvieto, rue Fouad. C'est par un pareil temps qu'un drame se produisit lors de mon séjour dans cette ville au carrefour de la rue El Horreya et de la rue Nabi Daniel. Un écroulement dû à l'orage se produisit dans la chaussée et un passant vit sa femme arrachée de son bras et engloutie dans une des fondrières fréquentes dans le sous-sol de la cité fondée par Alexandre. Le carrefour fut bloqué pendant un an au prix d'horribles embouteillages mais on ne retrouva jamais le corps de la malheureuse. J'ai appris, des années plus tard, qu'il s'agissait d'une escroquerie à l'assurance.

Ma troisième histoire se passe à Ajaccio dans les années 80. Il s'agit des amours d'un juge et d'un notaire, comme pourrait en raconter Angelo Rinaldi. Jusque-là, tout va bien. Seulement, une fois, le juge, ou le notaire, je ne sais plus, resta si bien attrapé, je vous laisse imaginer comme, qu'il durent appeler le SAMU. Tôt secourus, ils furent empaquetés en l'état dans du papier cellophane et amenés à l'hôpital tout proche en pleine nuit sous les yeux ébahis du personnel de service. On les décoinça vite fait, mais le lendemain, toute la ville savait... Le juge et le notaire durent quitter à jamais leur île natale.

Laquelle préférez-vous de ces méchantes histoires ?

Photos : vues sur la corniche d'Alexandrie.

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