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L'Europe est mourante. Vive l'Europe !

November 30, 2018

Je viens de lire, un article que j'ai fort admiré, signé par Alain Caillé, initiateur du mouvement convivialiste. Je suis sûr que mon résumé vous intéressera, mon cher lecteur qui voyez venir les élections avec inquiétude.

Alain commence par une description super-sévère de l'Europe actuelle. Le sentiment grandit chez les peuples que les élites les ont abandonnés, qu’elles ne jouent plus qu'à leur profit le jeu de la mondialisation financière et y sacrifient tout le reste. L'Europe est devenue une passoire où les États-Unis, la Chine et les GAFA font ce qu'ils veulent. Les pays du nord, Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Royaume Uni pré- ou post-Brexit  imposent leur capitalisme financier, rentier et spéculatif. Ces pays, Luxembourg en tête, sont des paradis fiscaux. Pour eux, il faut diminuer systématiquement les dépenses des États pour satisfaire « les marchés ». Celui qui incarne l’Europe, Jean-Claude Juncker est l’ancien premier ministre du principal paradis fiscal européen, le Luxembourg ; le directeur de la banque centrale européenne, Mario Draghi, est un ancien de Goldmann Sachs, l’organe par excellence de la spéculation financière, et l’ancien président de la commission européenne, Manuel Barroso n’a rien trouvé de mieux à faire pour arrondir ses fins de mois que de se faire embaucher par le même Goldmann Sachs.

L'Europe est cependant plus nécessaire que jamais à l'heure où la démocratie recule partout dans le monde. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, on avait cru à son triomphe. Maintenant, on voit bien que les présidents Xi, Poutine, Trump, Bolsonaro, Duterte, Assad, Sissi, etc., se moquent bien de la démocratie. On s'aperçoit que le capitalisme peut très bien s'épanouir sans la démocratie. L'Europe reste la dernière région du monde où elle est encore préservée. Si elle se disloque, quel espoir reste-t-il à l’humanité d’échapper à la dictature généralisée ?

Or le nationalisme gagne en Europe même. La Pologne, la Hongrie et l'Italie ont déjà basculé. Aucun pays n'est épargné, pas même la France mais la France a la particularité que ses intellectuels considèrent la nation comme dépassée et répondent au nationalisme par la dissolution de la nation sans se rendre compte qu'ils alimentent le jeu des élites technocratisées. Le noyau de la réflexion d'Alain est que la nation est la bonne échelle pour la démocratie. C'est elle qui donne le cadre dans lequel a pu se déployer l’idéal démocratique moderne. Sans référence à la nation, il n’y a pas de représentation possible d’une souveraineté populaire et d’une liberté collective. La nation est l’espace de solidarité par excellence, l'espace dans lequel tous reçoivent de tous et donnent, voire se donnent à tous. C'est dans la nation que peut vivre un  sentiment d'appartenance qui dépasse l’échelle des copains, de la famille ou des « tribus ».

Si l'Europe s'écroule, elle aura à se reconstituer à zéro à partir de la France et de l'Allemagne en évitant le double piège du nationalisme et de la dissolution individualiste. Elle édifiera une nation des nations, faisant un peuple à partir de plusieurs peuples, une histoire à partir de plusieurs histoires, une culture à partir de plusieurs cultures. Il s’agira de faire reposer le projet européen non plus sur le marché et la monnaie mais sur le politique, autrement dit sur le choix de solidarités partagées.

Une nation de nations démocratiques ne peut être qu’une république, écrit Alain, dotée d'un parlement et d'un pouvoir exécutif appliquant une politique économique, étrangère, fiscale, monétaire, sociale, militaire commune. Et écologique avant toute chose. Il est nécessaire que l’État ainsi constitué soit le plus décentralisé possible et obéisse au principe de subsidiarité.

 

Imaginons, conclut Alain, la richesse que représenterait un tel ensemble, la séduction qu’il pourrait exercer. Tous ces pays sont les héritiers de cultures extraordinairement variées et puissantes, philosophiques, scientifiques, artistiques, architecturales, littéraires, musicales, politiques. L’Allemagne, outre sa culture, apporterait sa compétence industrielle, l’Europe du nord sa compétence commerciale et cosmopolitique, la France son armée, son domaine maritime et son rayonnement international (notamment en Afrique), l’Espagne ou le Portugal leur ouverture sur l’Amérique latine, l’Italie, outre son inventivité, les plus belles villes et la plus séduisante musique du monde. Qui ne serait fier de participer d’un tel ensemble ?

 

Photo : Matisse, L'Enlèvement d'Europe.

 

 

 

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